Il y a bien des chemins d’accès au visage originel, et celui proposé par Douglas Harding a le mérite d’être très concret, visuel. Il n’est ni plus ni moins que les autres chemins d’accès. Et tout se joue comme toujours, non sur le meilleur chemin, le meilleur enseignant, mais sur la nature de la demande de celui, celle qui s’y engage.

Avant d’aller plus avant voici, après la citation de Marguerite Porète, le texte de Longchenpa que j’ai si souvent cité. Il est très clair et coupe toute possibilité de rêver. La vision du visage originel, Rigpa, est juste le début du chemin.

Tant qu’il y a un sujet percevant, il y a séparation entre le percevant et le perçu. Le percevant ne rejoint jamais le perçu, il se laisse transformer par le perçu jusqu’au moment où il s’y laisse dissoudre.

Marguerite Porète, dans la tradition chrétienne le montre avec une exceptionnelle clarté :

« Cette âme nage en l’océan de Joie […] et ainsi ne sent-elle aucune joie, car elle est joie elle-même, et ainsi nage-t-elle et s’écoule-t-elle en joie sans sentir aucune joie, car elle demeure en Joie et Joie demeure en elle : elle est joie elle-même par la force de Joie qui l’a transformée en elle »

(Le miroir des âmes simples et anéanties chap. 28).

Voici donc le texte de Longchenpa :

« La voie du Dzogchen commence là où la plupart des chemins spirituels s’achèvent, par la vue de la nature de son esprit (Rigpa). Si un aperçu de cette nature, de cette vue, est obtenu, alors la voie, le chemin, peut commencer.

Rigpa est un état de présence claire et éveillée qui transcende l’esprit pensant ordinaire… Si l’étudiant reconnaît sur l’instant cette présence vide et lumineuse, sans aucun attachement ni concept, on peut alors parler de Rigpa. Cette reconnaissance de la vue, si fugace soit-elle, est indispensable au développement de la pratique, car sans savoir de quoi il s’agit, comment pourrait-on développer la présence de Rigpa ?

La pratique ne vise en effet qu’un seul but : stabiliser la vue et augmenter le pouvoir de Rigpa afin qu’il imprègne progressivement tous nos actes ».

La liberté naturelle de l’esprit de Longchenpa, Editions Points Sagesse).

Lorsque la nature de Rigpa imprègne, ce qu’elle imprègne est transmuté en Elle.

Pour parler comme Marguerite Porète :

Ce qui se laisse transformer par la nature de Rigpa est transmuté par la force de Rigpa en Rigpa.

Tant que cette transmutation est en cours, chaque instant est le début du chemin.

Voir c’est toujours connaître que je sui séparé de ce qui est vu.

Cette approche très concrète de Douglas harding est transmise aujourd’hui par ses élèves comme Alain Bayod (qui est aussi élève d’Arnaud Desjardins), ou encore José Le Roy. Vous trouverez ci-dessous le lien de « voir son visage originel » sur youtube proposé par José Le Roy.

Voir son visage originel

Belle semaine

François