Alors qu’Eduardo Halfon attend un nouvel enfant, il fantasme sa future paternité, entre ses doutes et son travail actuel, la traduction du poète, traducteur, critique littéraire et romancier américain William Carlos Williams.

Williams avait pour habitude d’écrire des vers ou de courtes nouvelles sur les feuilles de ses ordonnanciers. Comme si la littérature était le remède qu’il voulait prescrire à ses patients. Patients qui se transformaient ensuite en littérature. 

Cette nouvelle collection de La Table Ronde porte le nom du plus petit corps typographique, la nonpareille. Au-delà du statut d’inédit, les textes publiés sont courts, donc le livre petit et avec un papier souple. Il tient dans la poche. La nouvelle d’Eduardo Halfon fonctionne comme une poupée russe car elle parle d’un être en construction, d’un foetus en évolution. Dans cette petite collection, dans ce petit livre, un petit être. C’est avec beaucoup de respect, de responsabilité et de tendresse que l’auteur parle de son futur enfant. Il développe ses questionnements, les errances de son esprit en attente de la réalité. Il ne se projette pas mais attend. Le petit grain de raison, surnom donné à l’enfant, est présent dans tous les instants de vie de l’auteur, tant privée que professionnelle. Il traduit l’auteur William Carlos Williams et trouve dans l’oeuvre du poète un certain écho. Il est alors question de création et Halfon, tout comme Williams, met sur un pied d’égalité toutes les formes de création éliminant une quelconque frustration dans le métier de traducteur. Pour Williams, traduire les mots d’un autre, c’est quand même exprimer son regard sur le monde. Dans le prolongement de la pensée de Williams, Eduardo Halfon développe même les différents procédés possibles, la traduction littérale face à celle libre. Halfon semble prendre appui sur l’oeuvre de Williams pour construire son regard sur la paternité, sujet également de prédilection pour l’auteur américain. Halfon mûrit alors son sentiment d’être père, statut qui devient alors, avec le métier du traducteur, une sorte d’intermédiaire entre la mère et l’enfant. Cette voie semble se tracer au fur et à mesure de la nouvelle, long parcours de réflexion et de construction sensible d’un être à son nouveau rôle.

Cette nouvelle, traduite par David Fauquemberg, est publiée par La Table Ronde au prix de 4.50€.