A Vichy, les conditions de travail de l’hôpital public ne cessent de se détériorer, mettant en relief le triste constat des conditions d’accueil des patients. Démission en main, ils sont plus de 1 000 médecins et chefs de services des hôpitaux publics à faire pression sur la ministre de la Santé, Agnès Buzyn.


En 2019, le personnel hospitalier de Vichy manifestait contre le manque de moyens alloués à l’hôpital public. Photo La Montagne

Manque de moyens, de personnel et d’investissement : le Centre hospitalier Jacques Lacarin de Vichy est rongé de tout bord. « Il s’agit d’une problématique nationale, mais aussi d’un problème local. Sur Vichy, nous avons des difficultés à recruter du personnel et nous sommes obligés de réduire les effectifs », déplore Florence Chaumier, secrétaire générale du syndicat Force ouvrière de Vichy, à l’Univers.

Face aux difficultés rencontrées par son hôpital, le chef des urgences, David Dall’Acqua, a démissionné de ses fonctions administratives. Il a justifié sa décision auprès de La Montagne : « La raison de ma démission est aussi locale. La population est en danger et elle ne le sait pas. » C’est cette même remarque qu’avance Florence Chaumier : « Le personnel ne supporte plus de mettre en danger ses patients », soulevant un bilan épouvantable des conditions de travail du personnel.

Une crise totale

Si dans les médias, on parle de crise des urgences, à Vichy, il s’agit d’une crise totale, touchant toutes les spécialités de cet hôpital public. Engendrée par l’étape très sélective de la première année de médecine, la syndicaliste explique que le numerus clausus, en place auparavant, a diminué drastiquement le nombre de praticiens dans certains domaines. Notamment les urologues, absents du centre hospitalier de Vichy et la perte de deux pédopsychiatres. Par conséquent, se pose la question de la fermeture de ce service, dorénavant assuré par une seule pédopsychiatre. Et pour cause, il y a le manque d’attractivité de l’hôpital et les dépenses de rénovations à n’en plus finir, menant au burn-out l’ensemble du personnel. « La région attire peu et les salaires proposés par l’hôpital sont bas comparés au privé. Nous avons même été obligés de faire des économies de matériel l’an dernier et de réduire la masse salariale », précise Florence Chaumier.

Une précarité d’accueil

En 2019, 600 000 euros ont été imputé sur l’achat de matériels, brancards, fauteuils roulants…mis de côté pour les futures rénovations du service réanimation. Contraint de s’auto-financer pour ces travaux, l’hôpital est dans l’obligation de réduire ses dépenses salariales. Or, il s’agit bien là d’une nécessité, les locaux sont devenus obsolètes et les conditions d’accueil dangereuses. « Cet été, nous avons été obligés d’acheter en urgence des ventilateurs portatifs pour éviter que les patients ne deviennent fiévreux », s’exclame Florence. Une réhabilitation complète de ces locaux est donc planifiée par la direction, et ce, sur leur propres moyens.

L’ARS, agence régionale de santé fléchant le financement d’aide d’investissement, n’a pas donné suite à leur demande. Néanmoins, elle suivra l’aide de réhabilitation du service gériatrie, long séjour sous le label d’une « réhumanisation du bâtiment ». Un effort pris en compte, mais restant insuffisant pour Florence Chaumier : 450 000 euros restent nécessaires pour refaire l’isolation thermique dans ce service, indispensable en plein réchauffement climatique.

Noémie Pitavin