Pour tout vous avouer chers lecteurs, mon cycle de lectures hebdomadaires semble s’achever pour m’amener vers une période de paresse maladive… Rassurez-vous, je la combat comme je peux, épée à la main, bouclier contre le flanc.
Il faut dire que me remettre à la lecture est particulièrement difficile ces derniers temps. La preuve, j’ai entamé quatre livres différents, sans qu’aucun ne comble mon appétit livresque… Alors si vous avez des suggestions de titres, surtout n’hésitez pas à me laisser un petit commentaire, pour aider une âme en peine à se relever de sa méridienne d’époque et reposer les yeux sur des pages imprimées.

Mais tout n’est pas sombre sous ma couette de fainéantise, car cet article n’a pas seulement vocation à partager mon désarroi, mais aussi de vous parler du tout dernier bouquin que j’ai ouvert et lu (il y a plus d’une semaine maintenant…), j’ai nommé : Sept Secondes pour Devenir un Aigle. Et aujourd’hui, pour combattre ce mal qui me ronge, j’ai décidé de changer un peu ma façon de faire, pour vous lecteurs, mais aussi pour moi: sorte de gymnastique de l’esprit. La tâche ne sera pas si difficile puisque je n’ai pas terminé ce livre et donc ai matière à réflexion (vous allez me dire que si il m’avait plu j’aurais aussi pu dire beaucoup dessus et vous auriez raison, mais silence et… lecture !).

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Le nom de Thomas Day me disait quelque chose alors que je découvrais la première de couverture. Seulement je ne me souvenais pas avoir déjà lu un ouvrage de cet auteur, et pour cause, je ne pensais pas au même Thomas ! Le mien a arpenté l’Angleterre du XVIIIème siècle et s’est éteint à cette même époque. Donc non, je ne connaissais pas le Thomas Day français, auteur de SF et fantastique.
Honte à moi me direz-vous ! Peut-être, en tout cas d’après mes recherches il semble être reconnu dans ces deux domaines et apprécié par beaucoup de lecteurs. Je me suis donc demandé si je n’avais pas mal lu son recueil, si quelque chose ne m’avait pas échappé durant la lecture de ses histoires… Pour autant, je n’ai pas cherché à relire le texte et ai plutôt décidé de me baser sur mon ressenti premier (feignante ? Je vous aurais prévenus).

Commençons en douceur voulez-vous et discutons des points positifs que j’ai retiré de ce bouquin.
Ce recueil est original, parce qu’il regroupe des nouvelles aux univers complètements différents. On passe d’un récit de Seconde Guerre Mondiale étrange, à de la SF robotique, en passant par un récit de voyage. Au début de la lecture, c’est quelque chose qui m’a vraiment rebuté. Je ne me sentais pas à l’aise dans ce livre, j’avais l’impression d’être ballotée dans tous les sens, tout en ne sachant pas à quoi me raccrocher pour garder un rythme de croisière à peu près stable. Et puis, au fil des pages je me suis rendu compte de la richesse d’un tel mélange mais surtout du pouvoir créatif du Thomas français. Parce qu’il n’est pas donné à tout le monde d’écrire sur des sujets aussi différents. Quand on y pense, en règle générale, les recueils de nouvelles prennent place dans un genre commun. Puisque les auteurs excellent plus ou moins dans l’un d’eux en particulier : policier, fantastique, SF, récit de voyage etc., ils cherchent rarement à en explorer d’autres. Ce qui est loin d’être le cas dans Sept Secondes pour Devenir un Aigle et dans la bibliographie de l’auteur dans son ensemble.
Mais finalement, lorsque l’on se penche davantage sur le recueil, quelque chose vient relier toutes les histoires. Et ce quelque chose, c’est une forme de pessimisme blasé de l’existence. Une vision du monde qui me plaît énormément en littérature, et le retrouver dans ces différentes nouvelles, le comprendre comme une ligne directrice du bouquin, j’ai trouvé ça excellent. Il y a un état dépressif dans le caractère et les pensées des différents personnages principaux, un défaitisme extrême qui aurait pu être rebutant pour le lecteur, mais qui à mon avis est ici très bien dosé. Tout le monde n’aimera sans doute pas ce côté négatif, mais pour une amatrice comme moi (j’adore Cioran, pour donner un exemple concret), j’ai ici retrouvé des aspects de l’âme humaine qu’il me plaît de découvrir, de comprendre et d’explorer.

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Seulement, malgré ces deux points qui me semblent très intéressants, le livre ne m’a pas touché plus que ça. Je n’ai rien ressenti de plus qu’un engouement pour ce côté noir et la polyvalence de l’auteur. Et comme beaucoup d’entre vous j’imagine, j’ai besoin d’être profondément touchée par un bouquin, de ressentir quelque chose, que ma réalité soit légèrement ou fortement transformée après une lecture. J’en demande sans doute trop, mais c’est mon plaisir littéraire. Il doit y avoir un impact et/ou un chamboulement émotionnel.
Je n’irai pas jusqu’à dire que ce livre est plat, parce qu’il a de la ressource, mais il m’a laissée insensible. Je n’ai eu aucun remord à ne pas l’achever. La fin de la dernière nouvelle traînait en longueur et j’ai préféré m’arrêter là, plutôt que de pousser et forcer la lecture.
Et c’est assez frustrant, parce que je trouve qu’il y a vraiment de l’idée dans ces différentes nouvelles, les choses auraient pu être plus ou mieux exploitées. Après je parle à mon niveau d’écrivain du dimanche et lectrice pantouflarde de première. Mais c’est un sentiment de manque qui résume pour moi l’expérience de cette lecture. Je ne souhaite pas vous détourner de ce livre, bien au contraire ! Il faut se faire sa propre opinion des choses. Lisez mes chers si vous en avez envie, lisez !

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Entrons un peu plus dans le cœur d’un livre : l’écriture. Attention chers lecteurs, la suite va être plus que subjective donc à prendre avec des pincettes ! Mais surtout, les réflexions qui vont suivre ne constituent en aucun cas un avis sur le livre en lui-même. Ici je vais parler de choses plus généralistes sur l’écriture et que j’ai pu lire dans Sept Secondes pour Devenir un Aigle. Pour autant cela ne constitue en rien un baromètre d’appréciation sur le livre en lui-même. Prudence donc !

Certaines des nouvelles se passent à notre époque, et nous y retrouvons des objets de notre quotidien. Je vais prendre un exemple présent dans le livre : l’Iphone. Ça me dérange de lire un nom de marque dans un bouquin. Pour tout vous dire, j’ai grincé des dents à sa lecture. Pourquoi cette gêne ? Je me suis posée exactement la même question que vous. Et j’ai quelques théories, dont une qui me paraît assez juste et pas trop farfelue. Lorsque je lis un livre je veux être transportée dans un ailleurs, que ce soit le passé, l’avenir, le présent (mais pas trop). Donner des noms aussi connus, ça ancre l’histoire dans le réel, beaucoup trop d’ailleurs, empêchant toute échappatoire. Par contre, un tel nom se retrouvant dans un texte post-apo ou de SF me gênerait moins parce que ce serait retrouver un objet du présent dans un futur imaginé, et donc avec un regard différent.
Vous l’aurez compris, je suis très attachée au passé, et je renie beaucoup de choses qui viennent de notre époque, même si les nouvelles technologies m’intéressent beaucoup et que je trouve leur évolution fascinante. Cette tendance se retrouve dans mon goût pour l’Art, et la littérature n’en est pas exempte. Ce n’est pas pour rien que j’adore et idolâtre les classiques…

L’utilisation de noms de marques est un parti pris de l’auteur à mon sens. Il faut l’assumer, en tout cas c’est comme ça que je vois les choses. Je pense aussi que leur utilisation est une forme de facilité dans une fiction. A-t-on vraiment besoin de citer des noms aussi connus pour faire comprendre aux lecteurs où l’on se trouve ? Prenons l’exemple de McDonald. Tout le monde connait cette chaîne de restauration, fastfood parmi les fastfoods. Est-il vraiment important de savoir qu’un personnage mange dans ce restaurant précis, plutôt qu’un autre ? Décrire l’établissement en lui même, en citant à la limite sa mascotte, qu’est le clown horrifiant à la perruque rouge, est d’après moi suffisant, et si bien fait, nous permettra de reconnaitre le lieu ou en tout cas le type de lieu où se déroule l’action. Mais juste jeter un :  » Tim entra dans le McDo du coin  » je ne sais pas, je trouve ça vraiment gênant. Après bien sûr cela peut-être tout simplement le style ultra réaliste d’un auteur, un style sans doute un peu journalistique à la King.
J’en avais parlé dans mon gribouillis sur Emile, mais la puissance d’un auteur c’est de faire voyager un public dans la subtilité, en le guidant juste un peu mais en lui laissant une liberté suffisante pour faire travailler son imagination. Donner des pistes aussi concrètes qu’un nom d’établissement ou de marque, c’est rendre les choses trop faciles. Je pense en tout cas qu’un grand nombre de romans actuels pourraient très bien s’en passer, c’est le cas dans Sept Secondes pour Devenir un Aigle.
Vous me direz :  » Mais et Emile justement ?! Laisse-t-il vraiment place à l’imagination avec ses descriptions à rallonge ? « . Chef tout puissant du naturalisme, Emile ne nous sert pas un nom de marque sur un plateau d’argent. Bien sûr, il décrit dans le détail chaque objet, chaque lieu pour que notre esprit puisse se le représenter comme il voudrait. Mais il y a du travail là dedans, des recherches, des heures passées dans un endroit donné pour en faire des croquis et prendre des notes. Mais dire que Tim entre dans un McDo, c’est se moquer du lecteur. C’est se dire :  » Ok, le lecteur sait à quoi ressemble un McDo, pas besoin de s’embarrasser à le décrire, tant mieux, je gagne du temps « . Bien sûr, je m’emporte… J’image qu’un auteur qui nous écrit un nom connu ne pense pas comme ça, en tout cas j’espère, cela peut faire parti d’un certain style comme cité plus haut. De plus tous les écrivains n’aiment pas faire de la description à la Flaubert. Mais vous l’aurez compris, lire un mot/nom pareil dans un bouquin, une fiction, ça m’hérisse le poil.

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Est-ce que je vois la littérature comme un art sacré, incompatible avec notre époque ? Qu’il s’agirait de quelque chose de plus profond et puissant qu’une simple histoire posée sur le papier ? J’ai à me questionner là dessus. En tout cas, cela expliquerait ma réticence à lire des œuvres modernes et préférer leurs ancêtres classiques. Vous noterez malgré tout que la majorité des livres que j’ai reçu au cabinet, ne sont pas des classiques… L’ouverture du cabinet m’aurait-elle, justement, ouvert l’esprit à des œuvres qui m’ont toujours été étrangères ? (notez la fin de ma réflexion en ouverture de dissertation. Si un professeur de français ou de lettres me lit, donnez moi une bonne note s’il vous plait !).

Petit aparté littéraire donc dans un article dédié à un livre. J’avais déjà fait ça avec King, mais pour le coup son bouquin s’y prêtait vraiment. Est-ce quelque chose d’intéressant pour vous ? Pour moi ça l’est… en tout cas ça me pousse à essayer de discuter d’autres choses que du livre en lui-même. Je ne sais pas si j’arriverai à faire ces digressions avec tous les ouvrages que je vais lire, mais je peux m’y essayer. J’espère en tout cas, mes chers lecteurs, que cet article vous aura plu !

PS : Désolée pour la qualité des photos de cet article, elles sont horribles. Je n’ai malheureusement pas pu les prendre au même endroit que les précédentes. Je les changerai dès que j’aurai de meilleures idées !