Toutes sont familières avec le concept de salaire minimum, mais comment réagiriez-vous à l’instauration d’un salaire maximum?

La majorité des pays autour du globe ont légiféré sur un salaire minimum dans le but de lutter pour la cohésion sociale et pour la redistribution des revenus. Mais qu’en est-il d’un salaire maximum?

L’idée d’un salaire maximum fait partie depuis longtemps du paysage politique lointain de plusieurs pays. Cependant, seulement quelques gouvernements sociaux-démocrates ont adopté des mesures en ce sens, tel que celui de la Suède. Déjà durant l’antiquité, des philosophes tels que Platon et Aristote se penchaient sur cette question en prenant compte des réalités de l’époque. En ce moment, Jean-Luc Mélenchon et son parti politique, France Insoumise, en font la promotion depuis les dernières élections présidentielles françaises.

Le concept général du salaire maximum consiste à établir un revenu à partir duquel l’ensemble des montants excédant ce nombre revient à l’État. Ce montant est choisi en fonction des écarts de richesse du pays.

Par exemple, aux États-Unis le revenu moyen après impôts des 10% les plus riches est 16 fois plus élevé que celui des 10% les plus pauvres. Au Ve siècle av. J.-C., Platon évaluait que ce rapport d’écart de richesse ne devrait pas excéder 4 (c.-à-d. que le revenu des 10% les plus riches ne devrait pas être plus de 4 fois plus élevé que celui des 10% plus pauvres) : « le législateur doit établir quelles sont les limites acceptables à la richesse et à la pauvreté ». Un ratio de 4 serait très difficilement applicable aujourd’hui, puisque nous nous sommes habitués à des écarts de richesse largement plus élevés qu’à la Grèce antique.

Le salaire maximum est sujet à la controverse à cause de l’important clivage entre la gauche et la droite économique. Alors que la gauche croit en la redistribution des richesses, la droite voit généralement assez mal l’imposition. 

Plusieurs propositions de toutes sortes se font entendre. Notamment, un parti politique suisse a déjà proposé une loi stipulant que le poste le mieux rémunéré d’une entreprise ne puisse être plus élevé que 12 fois le salaire du poste le moins bien rémunéré. Cette dernière information apporte un élément de relativité dans la mesure où le salaire maximum n’est pas fixe et dépend de l’entreprise. Par exemple, une patronne serait portée à considérer d’augmenter le salaire de ses employées en même temps d’augmenter le sien. Ou encore, un gouvernement pourrait établir un montant fixe à partir duquel l’argent qui excède est imposé à 100%. Hypothétiquement, si le salaire maximum est établi à 15 millions, une personne disposant d’un salaire de 20 millions céderait d’emblée les 5 millions dépassant le salaire maximum à l’État.

Instaurer un salaire maximum relatif au salaire le moins élevé d’une entreprise vise à ce que les patronnes d’entreprise ne puissent monopoliser le profit de celle-ci. Cette réflexion est d’autant plus pertinente pour les compagnies recevant du financement provenant des fonds publics. Dans le contexte où une entreprise reçoit des subventions, une législation de ce type pourrait empêcher les dirigeantes de se verser à elles-mêmes le montant en question sans en laisser pour les employées ainsi que la compagnie.

En contrepartie, un salaire maximum imposé peut sembler peu incitatif pour les personnes concernées par cette législation. Il pourrait être possible pour le Québec de perdre des citoyennes ayant un salaire dépassant le salaire maximum qui seraient forcées de payer davantage d’impôts, si une telle loi est adoptée. Les personnes en question seraient peut-être tentées de s’établir ailleurs où il n’y a pas de salaire maximum afin d’éviter cette réglementation. Dans le cas de l’adoption d’une loi de ce type, y a-t-il plus à gagner ou à perdre?

Somme toute, de Platon à Mélenchon, le débat n’est toujours pas conclu pour la plupart des pays même en considérant l’ancienneté de cette réflexion. Alors que le salaire maximum vise la redistribution des richesses, il pourrait en théorie tout simplement retirer des richesses en perdant l’imposition de citoyennes quittant l’État. La redistribution des richesses est-elle souhaitable au point d’établir un salaire maximum? En fait, l’imposition est-elle même le meilleur moyen de répartir les richesses?