Mon ami J.P.Gallois m’a récemment transmis un ensemble de réflexions  que lui inspire la politique et m’a demandé ce que j’en pensais.

J’ai donc rédigé à mon tour un texte sur le sujet et le lui ai transmis.

Lui demandant s’il m’autorisait à publier l’ensemble dans mon blog, il m’a répondu : « Tu peux publier mon texte bien qu’il ne soit pas assez travaillé ».

Voici donc, à la suite l’un de l’autre,  nos deux textes.

De la politique

Nous avons tous, un jour, été déçu par l’action d’un gouvernement que nous avions pourtant contribué à élire. Je suis persuadé que l’action politique ne peut que conduire à la déception et cela pour plusieurs raisons :

Les préoccupations principales des populations sont celles qu’ils ont le moins de chances de régler

L’emploi, la sécurité, le pouvoir d’achat, la maitrise de l’immigration,  voila ce que les électeurs demandent en priorité à leurs gouvernants. Or si ceux-ci peuvent agir (au moins partiellement) dans ces domaines les résultats de leur actions ne pourront être sensibles qu’à moyen ou long terme. La population veut des résultats rapides et il y a longtemps que les électeurs ne croient plus aux promesses. En France il y a des élections tous les deux ans. Sarkozy a perdu toutes les élections intermédiaires, Hollande subira le même sort. La population veut le bonheur tout de suite et si elle ne l’obtient pas elle en rend responsable le gouvernement et en change. On peut noter que Mitterrand et Chirac qui sont les derniers à avoir fait deux mandats n’ont réussi cette prouesse que parce qu’ils ont subi une période de cohabitation qui leur a permis de se refaire une virginité et a montré que leur opposition ne pouvait faire mieux qu’eux.

La mondialisation et l’Europe

Nos gouvernants sont soumis à des évènements qu’ils n’avaient aucun moyen de prévoir, leurs origines pouvant  être partout dans le monde (Sarkozy ne pouvait prévoir l’affaire des subprimes et ses conséquences sur les banques françaises).D’autres événements sont prévisibles comme les fermetures d’aciéries en raison de la baisse de consommation européenne mais les gouvernants n’ont aucun moyen d’imposer à une multinationale de les maintenir en vie en attendant des jours meilleurs , Sarkozy et Hollande en ont fait l’amère expérience.

Dans une Europe en crise même un pays prospère comme l’Allemagne voit son PIB stagner, quelle chance a un pays en crise ?

Ils ont transféré  à l’Europe une grande partie des moyens qui autrefois leur permettait d’atténuer les conséquences d’une crise (maitrise de la monnaie, fermeture des frontières aux mouvements de capitaux,  à certaines importations  qui concurrencent tel ou tel secteur en difficulté, à l’immigration….).

Au contraire ils ont accepté que l’Europe leur fixe des objectifs économiques, actuellement l’austérité nécessaire certainement mais qu’il devrait être possible de moduler.

Les contraintes internes

Les entreprises décident de leurs investissements et des embauches en fonction de la conjoncture  locale, européenne ou mondiale. Si cette conjoncture n’est pas bonne toutes les aides que l’Etat pourra apporter à l’investissement ou à l’embauche  n’auront que très peu d’effet.  Le gouvernement ne peut qu’espérer que ces aides aideront les entreprises à profiter plus rapidement d’un retournement de la conjoncture.

Le gouvernement n’est pas responsable des erreurs de gestion de groupes automobiles par exemple mais il doit en assumer les conséquences (chômage, manifestations). La réussite de l’Allemagne tient certes aux réformes  économiques menées par Schröder (qui ont porté ses opposants au pouvoir) mais surtout aux bons choix de ses entrepreneurs (qualité, appui des grandes entreprises aux petites) qui leur permet de continuer à vendre dans le monde malgré un Euro fort. Les nôtres ont en majorité choisi la qualité médiocre, les prix bas qui les ont mis en concurrence directe avec les pays du tiers monde.

Nos politiques ont peur des grandes manifestations qui ont obligé Mitterrand, Juppé, Villepin à reculer, ainsi Sarkozy, malgré les demandes de son camp, n’a pas osé supprimer les 35 heures.

Les économistes

La macroéconomie n’est pas une science exacte, il suffit de constater qu’alors que les économistes du FMI continuent  à prôner l’austérité, ils ont reconnu par ailleurs qu’ils n’avaient pas mesuré l’importance des conséquences néfastes de cette austérité. On peut noter que le prix Nobel d’économie estime que l’austérité générale en Europe est une grave erreur. Les gouvernants sont conseillés par des  personnes à la compétence incertaine. Les macro économistes sont comme les médecins de Molière qui ne savent pas soigner mais sont très forts pour expliquer pourquoi le malade est mort.

Les hommes politiques

La politique est un métier de chien, il faut avoir une ambition démesurée pour  faire un métier qui risque de vous envoyer au chômage tous les cinq ans. Ce qui explique que  beaucoup d’hommes politiques soient des fonctionnaires et que Hollande ait autant de mal à faire voter une loi sur le cumul des mandats (le député Maire garde toujours un mandat en cas de coup dur).

Ce qui explique aussi pourquoi les hommes les plus brillants préfèrent faire carrière dans le privé.

C’est aussi un métier de loups, pour progresser dans un parti il faut marcher sur la tête de ceux qui ont les mêmes ambitions que vous.  Les haines les plus fortes se trouvent à l’intérieur d’un même parti (Fillon-Copé, Aubry Hollande).

Pour être réélu il faut satisfaire sa clientèle, si ce n’est par les actes au moins par les paroles ce qui conduit à une mauvaise foi qui au bout d’un certain temps devient une seconde nature. Pasqua, dans un moment d’abandon surement, a dit que les promesses n’engagent que ceux qui les croient.

Il semble qu’en France il soit impossible d’être élu en disant la vérité.

Les médias

Ils ont pris une importance énorme grâce à la télévision et à internet, or ils ne préoccupent que des trains qui ont du retard. La recherche de la sensation les pousse à amplifier les évènements. Ils ont encensé Sarkozy puis l’ont massacré, ils font de même pour Hollande sur un temps plus court il est vrai.

Sarkozy a tourné cette difficulté pendant un certain temps en leur donnant  le plus souvent possible matière à faire un gros titre, un fait divers, une loi.

Jean-Pierre Gallois

Je l’ai dit et répété sur tous les tons chaque fois que l’occasion s’en est présentée (et en voici une nouvelle), l’essentiel de nos maux vient de ce que la politique en France est un métier.

Un métier remis en question à échéances régulières par des élections. Il est donc impératif pour ceux qui l’exercent et qui ne savent faire que ça, d’être réélus pour continuer à (bien) gagner leur vie le plus longtemps possible. Et pour être réélu, il serait stupide de gâcher ses chances en se faisant remarquer par des idées ayant peu la faveur de son électorat. Il vaut mieux, soit caresser ce dernier dans le sens du poil en pratiquant un sport qui se résume en trois mots : démagogie, clientélisme, électoralisme, soit carrément ne rien faire jusqu’aux prochaines échéances (cf. l’assiduité parlementaires et les faux pointages de présence).

Comme on a pu le remarquer, cela peut marcher un certain nombre d’années, voire de décennies,  jusqu’à ce que l’accumulation de ces bassesses ne nous amène au bord de la faillite.

Alors là et, comme toujours, là seulement, le bon peuple, dans une naïveté qui tient plus de l’ignorance que de la crédulité, se rend enfin compte qu’il a eu affaire à des arrivistes qui l’ont complètement trompé et qui sont beaucoup plus préoccupés de leur(s) bien(s) propre(s) que du sien et de celui de leur pays.

Il n’est que de constater le degré de dégoût qu’inspire actuellement la gent politique.

Et, « to add insult to injury », la grande majorité de nos élus ne sont pas élus qu’une fois : il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier.

Que se passerait-il si je n’étais pas réélu maire ou député ou conseiller général ou conseiller régional ? Bien qu’on se soit voté l’attribution d’indemnités confortables pendant plusieurs années en cas de non réélection, ce serait quand même un manque à gagner préjudiciable à notre standing. En un mot un drame.

Alors cumulons un max. On ne peut pas être battu sur tous les fronts et tant que ça marche, à nous la belle vie !

Et que l’on n’argumente pas que le cumul est indispensable pour obtenir une bonne appréhension du terrain ! L’absentéisme record que nos chers (au sens propre) élus pratiquent sans vergogne est plus que suffisant pour acquérir cette appréhension.

TOUT LE MAL FRANÇAIS EST LA.

On ne peut pas gouverner utilement un pays sans avoir à prendre des mesures impopulaires. Notre système montre bien qu’il est INCOMPATIBLE avec cette impérieuse nécessité.

Alors que faire ?

A mon sens, en terminer justement avec la conception professionnelle de la politique.

Il ne peut plus être question de faire, si possible à vie, une carrière politique

Instaurer un système qui réduise drastiquement le nombre de « politiques » dans les instances gouvernementales et permette à des personnes compétentes de la vie civile d’accéder aux postes de commandement.

Dans tous les cas :

  • réduire le nombre de mandats à deux, ce qui a pour effet de permettre de prendre les mesures qui s’imposent sans avoir à se soucier de leurs retombées sur la suite de sa carrière politique,
  • interdire totalement leur cumul.

Prévoir pour les dirigeants issus de la société civile, afin que cette parenthèse dans leur vie professionnelle ne les disqualifie pour sa suite, un dispositif de temps partiel.

Je n’y ai pas  réfléchi outre mesure, mais je pense que cela mériterait d’être creusé.

C’est une révolution et il ne faut pas compter sur ceux qui auront à la mettre en œuvre pour scier la branche sur laquelle ils sont confortablement installés.

Mais c’est çà OU la Révolution.

La stratégie établie, la conception de la tactique, si elle est des plus délicates, n’est pas utopique. « Tout le monde savait que c’était impossible, est arrivé un imbécile qui l’a fait ».

Pour terminer sur ce chapitre, on se demande bien,  si la politique est un métier de chien, pourquoi il y a tant de monde qui se bouscule au portillon pour y faire carrière. Je crois que la principale ambition qui motive la grande majorité de ces gens est de faire de l’argent.

L’impuissance des politiques à gouverner

Tant que les politiques, après tant de leurs prédécesseurs pendant des décennies, par incompétence, laxisme, électoralisme, laisseront les choses aller a volo et, ce faisant, s’accumuler des himalayas d’handicaps, leur capacité à gouverner ne cessera de décroître, pour devenir nulle. On n’en est pas loin.

Pour les mêmes raisons, trop d’entre eux ont fait de « Gouverner, c’est prévoir » : « Gouverner, c’est attendre », comme le déplorait déjà le maréchal Foch.

Par ailleurs, dans un monde irréversiblement mondialisé, où, visiblement, les dirigeants des plus grandes puissances sont dépassés par les turbulences qu’elles subissent et où il est devenu presqu’impossible d’appréhender toutes les répercussions, même importantes, d’une politique (le battement d’aile du papillon…), on ne peut plus prétendre prévoir.

Si ce n’est certainement pas attendre, gouverner n’est donc plus davantage prévoir, mais concevoir et mettre en œuvre tous les dispositifs pour S’ADAPTER le plus vite possible.

L’Europe, l’Europe, l’Europe !

En deux mots, et n’en déplaise à une de mes rares idoles défuntes, je suis résolument pour la constitution d’une fédération européenne, seul ensemble, à mes yeux, capable non seulement de faire contrepoids aux hégémonies politiques et économiques en devenir, mais aussi d’homogénéiser une appartenance géographique et culturelle commune.

Bien sûr, ce n’est pas l’Europe de bric et de broc qui s’est développée anarchiquement, par-dessus la tête de ses peuples, pour constituer aujourd’hui un ensemble hétérogène ingérable où nombre de ses composantes sont autant de boulets entravant sa progression.

Bien qu’européiste convaincu, il m’arrive de souhaiter que l’Europe sous sa forme actuelle explose, afin qu’après avoir nettoyé les écuries d’Augias de Bruxelles on puisse la reconstruire sur des bases saines, quitte à l’élargir quand elle en aura acquis suffisamment la force.

Les économistes

En matière de croissance, il y a autant de théories économiques que d’économistes, toutes découlant en majorité toutefois de deux courants majeurs et contradictoires dont personne n’a jamais su démontrer la validité :

  • la relance par la consommation (Keynes),
  • la relance par l’offre (Ricardo, J.B.Say)

Compte tenu des échecs retentissants de la première, obsolète parce que devenue inadaptée au contexte économique mondial actuel, et sans savoir démontrer la validité de la seconde, j’y serais quand même favorable.

En schématisant, cela revient à dire que, plutôt que de donner aux gens les moyens (pris où ?) de consommer davantage essentiellement des produits étrangers pour la plupart asiatiques, favorisant ce faisant l’expansion des moyens de production étrangers au détriment des nôtres, déjà mal en point, il serait préférable que l’on mette le paquet sur la réanimation de notre production interne moribonde pour la remettre en état d’offrir des produits compétitifs en créant les emplois nécessaires à cet effet.

C’est exactement l’inverse de l’(in)action gouvernementale actuelle, qui n’a d’autre solution pour trouver les moyens de relancer la consommation que d’augmenter les taxes à un niveau dissuasif ce qui, selon la courbe de Laffer, aura l’effet  inverse (prouvé) de celui escompté , c’est-à dire  réduira les rentrées fiscales au lieu de les augmenter. D’autres façons de le dire sont : « Trop d’impôt tue l’impôt » ou « Le taux mange l’assiette ».

Les media

Sur ce sujet, comme sur ceux qui précèdent, je me suis déjà exprimé dans mes blogs précédents.

Que dire de plus ? Les media, à l’affût de scoops susceptibles d’augmenter leur audience, montent une mayonnaise sans œuf. Ils ne connaissent ni le mot éthique, ni le mot déontologie.

Même Le Monde n’hésite plus à violer le secret de l’instruction en piratant le dossier Sarkozy-Gentil.

Après avoir joué un rôle décisif dans l’élection de Hollande, les media crient maintenant haro sur le baudet.

Comme le faisait remarquer Edgar Faure, ce ne sont pas les girouettes qui tournent, c’est le vent.

Charles Laborie