Parie 2 – … Chute et… Fin?

François était effondré. Comment avait-il pu faire ça ?! Tuer… Il avait tué quelqu’un… Merde tué… Et bordel qui était le con qui lui avait raconté la vie de ce gars la !
Il se resservait un verre, et jetait loin dans l’appart’ sa cravate répugnante, par le dégout qu’elle lui inspirait.
Un pauvre type. Plus vieux que lui, un pochtron foutu. Et pourtant… Il avait été rédacteur en chef d’un journal. Sa vie semblait avoir basculée après un échec professionnel et un divorce. Les désillusions avaient tuées cet homme… Oh non, IL l’avait tué, lui et son ambition !
Ca faisait 4 mois, que sa femme l’avait quittée et qu’il s’était refugié comme un forcené dans le travail, restant au boulot à des heures pas possibles, bossant sur chaque dossier avec acharnement, toujours pour faire plus de bénéfice… C’en était de trop. Fallait-il vraiment qu’il tue un homme pour s’en rendre compte ?
« Tout ça ne rime à rien… » Il se resservait un verre. Et son père ! Toute sa vie il l’avait poussé, presque forcé à devenir comme lui, à reprendre l’entreprise, la ‘fierté de la famille’ comme il disait ! Ca fait une belle jambe la fierté maintenant… Voila où ça mène de ne pas vouloir vivre sa propre vie… Avait-il omit d’envoyer une équipe de nettoyage sur les lieux ? Il signait tellement de papiers par jours, impossible de s’en souvenir…
Cet immeuble ne dérangeait personne après tout, pourquoi vouloir le faire sauter ? Détruire pour mieux reconstruire… Faire table rase d’un passé pour repartir dans un avenir grandiloquent et prometteur ! La belle affaire… Les commerciaux de tout poil ont tous les mêmes techniques.
« Moi le directeur aux 25 000 € par mois, je ne suis qu’un meurtrier ! »

Il poussait la porte et eu un recul, il ne s’attendait pas à ce qu’il fasse si jour. A vrai dire il ne pensait pas qu’il faisait jour, à vrai dire il ne s’était posé la question à aucun moment. La dernière fois qu’il était sorti remontait à quelques temps… Seul la soif le poussait à sortir de sa tanière, on ne console pas un homme vivant avec un soif inconsolable avec de l’eau.
La réalité faisait mal au crâne, tantôt surréaliste, comme un mauvais film français dramatique, tantôt grisâtre et terne, aux couleurs dépassées. Quelques personnes le dévisageaient d’un œil pré-jaugeur, il trouvait cela tellement archaïque qu’il inventait un mot pour qualifier leur attitude.
Le soleil par contre brillait au travers de nuages gris, il le regardait longuement de derrière ses fenêtres parfois, dans sa retraite aux confins de la raison.
Dire que même son ex-femme s’était inquiétée pour lui… Elle avait appelée un jour, parce que ça faisait apparemment un mois que personne ne l’avait vu, ni au bureau, ni ses amis.
Il était tellement bourré à ce moment que ses explications n’avaient dues être que vaseuses, sa conversation hasardeuse, il croyait se souvenir qu’il avait pleuré. Peut être qu’il aurait pu récupérer sa femme à ce moment là. Peut être qui si il avait pu s’expliquer, lui dire qu’il était redescendu sur terre, qu’il avait revu ses principes, qu’il ne travaillerait plus autant, que ses amis étaient des cons, qu’elle seule comptait que final, peut être que…
Trop tard, il était saoul  de toute façon et il le serait encore. La réalité n’a pas d’intérêt face aux possibilités infinies de plonger ses pensées dans une bouteille de folie, jetée elle-même dans une mer de raisonnements infinis.
Ca devait être cette lumière, et ces gens, qui le faisaient penser à ces choses là. Le soleil tape sur le crâne c’est connu, ca donne de l’espoir il parait… L’espoir de pouvoir désespérer tranquillement lui paraissait plus intéressant.
Il y eu un mouvement de foule, léger, quelques bruissements, quelques personnes avec des yeux grands ouvert et la bouche béante, puis quelques cris et des gens qui courent, peu tout de même. Le phare jaune du soleil était toujours là dans un coin du gris. Plus dans le même coin qu’avant, enfin… On ne dessaoule pas en dix minutes de marche hein.
Ils étaient beaucoup plus à courir maintenant, en fait dans toute la rue on voyait des gens se ruer dans tout les sens, rentrer dans des maisons, casser des vitrines, et ces cris, inhumains à entendre avec un gueule de bois. Ca pouvait plus être l’alcool, tout ces gens anormaux d’un coup…
En fait ça le faisait plutôt marrer comme spectacle ! Comme une joyeuse scène d’anarchie où il était parachuté sans script.
Tout ces gens en costards qui sautent sur des femmes sans chemisiers ! Et ces hommes qui courent une grosse télé dans les bras, le câble leur trainant entre les jambes !
Les plus jeunes bizarrement étaient devenus plus calmes, se regroupaient en grande bande pour empêcher qu’on les…attaque ? Ils paraissaient d’un sérieux morbide, une peur mêlée à de la fascination, ils regardaient le ciel. Un enfant pleura. Le groupe disparu à un détour de rue, elle était désormais déserte, tout le monde avait fui. Rue fantôme, silencieusement morbide, l’air lourd et gras qui accroche les poumons. On entendait seulement une femme hurler et se débattre avec un homme en noir dans un coin.
Il regardait le ciel. Il n’entendait plus.
Le soleil leur tombait dessus.

Centre de la Nasa, Etats-Unis.
Des scientifiques étendus sur leurs anciennes paperasses,  sur leurs bureaux. Une alarme retentissant sourdement, bruits aigus lancinants. Un homme encore debout fait le tour, plus aucuns mouvements. Il sorti, leva la tête pour fixer ce ciel incandescent, que tout le monde sur Terre à ce moment pouvait voir.
Partout dans le monde, scénario similaire. Les chefs politiques rassemblaient leurs familles, et buvaient tous ensemble, un dernier verre, tout dernier. Les chercheurs se suicidaient.
Ils avaient eu connaissance de l’avènement de ce jour depuis quelques mois, il le savait d’autant plus que c’est lui qui avait découvert la trajectoire de cette comète. Elle ne laissait aucune chance de survie à l’humanité.
C’est lui qui avait été en relation avec le président. C’est lui qui avait expliqué la solution la plus simple à adopter personnellement, et d’un point de vue étatique.
Aucune annonce officielle dans le monde, tout les chercheurs ont cachés et niés l’existence de la comète, tout en allant s’acheter du cyanure. Il ne fallait pas plonger le monde dans une panique totale pendant plusieurs mois, il valait mieux vivre insoucieusement sa vie et subir seulement quelques minutes d’horreur non ? Il en était convaincu, il avait fait le bon choix, quel autre choix sinon ?
Une poignée de ses compères essayaient de préserver l’humanité dans des abris, préserver le patrimoine humain comme ils disaient, mais surtout leurs propres vies, en secret. Juste entre et pour eux. Lui seul et des cadavres maintenant le savaient. Peut être cela allait marcher.
Mais ce n’était plus son dessein, lui attendait sa fin, son chef-d’œuvre, une dernière toile monstrueux.
Il attendait la venue sur terre de sa découverte, enfin ils allaient se rencontrer. Il l’avait trouvé, elle les trouvait.
Il leva la tête, fier.
Il sorti un flingue et se fit exploser la cervelle.

La Terre est seule. Esseulée et fluette dans un des confins du cosmos, la troisième étoile à droite.
Elle a recouvert des cheveux blancs, des stries blanches qui la parcourent sur toute sa surface, et grandissent et s’épaississent, comme de l’eau sur une terre aride.
Ses cheveux blancs sont de vieillesse, de fatigue, elle se repose maintenant après les deux millénaires les plus éreintants de sa vie. Elle a endossée les hommes et mérite un repos.
Elle entre en chrysalide, un cocon blanc de glace invivable. Cela fait quatre-cent ans. Les hommes n’ont pas résistés, le froid trop puissant et agressif s’est infiltré dans une grande partie des refuges, certains au bout de décennies ont tentés une sortie et ont faits l’épreuve d’un froid meurtrier. Les dernières réserves se sont taries, les maladies propagées, la chaleur destructive de l’homme s’est éteinte finalement.
La comète a fait dévier légèrement la Terre de son axe circulaire et solaire, imposant à l’environnement des saisons plus pointues et plus longues. Le temps d’une nouvelle stabilisation orbitale des ères glacières sans précédent régnèrent.
Finalement, au bout d’un réchauffement lent et d’une érosion de la glace d’un million d’années, lors d’une saison plus chaude que les autres, une petite marre se forma, et là, apparu une unique et solitaire micro-cellule, molécule de vie. Mais le temps de la voir qu’elles étaient déjà deux. Et déjà des centaines et des milliers.
Si dans la plupart des histoires on fait mourir les personnages car on ne sait plus quoi en faire, quelque fois L’histoire coule de son sens. Elle vient pointer le bout de son amnésie répétitive dans la complexité des choses se formant constamment, croissantes, en vie.

Image