Article sur les conditions de travail des manutentionnaires aux entrepôts des supermarchés Tesco à Dublin.

Des manutentionnaires d’un entrepôt de l’entreprise Tesco doivent porter autour du bras des engins qui enregistrent constamment leurs performances. Des travailleurs du centre de distribution de Tesco à Donabate, près de Dublin, expliquent que leur « score » baisse lorsque l’engin enregistre qu’ils vont aux toilettes ou font une pause. De son côté, Tesco affirme que les engins sont effectivement équipés d’une fonction « break » destinée à enregistrer leurs pauses, mais a nié que cela eût des répercussions sur leur score d’efficience.

Ces engins, des terminaux portables de marque Motorola, servent à enregistrer les performances des manutentionnaires qui entreposent les marchandises et des conducteurs d’élévateurs à fourche. Par contre, les managers, les personnels de l’administration et les employés de la sécurité, n’en portent pas. Les ouvriers expliquent qu’ils obtiennent des scores d’efficience sous forme de pourcentage quand ils empilent et dépilent des palettes, par exemple de bières ou de papier-toilette. L’engin leur donne un certain temps pour le faire, par exemple 20 minutes pour charger un stock de bouteilles. S’ils le font en 20 minutes, ils auront 100%, mais ils obtiendront 200% s’ils le font deux fois plus vite.

WP4000Un ancien manutentionnaire de chez Tesco, qui ne souhaite pas être nommé, affirme que les équipes travaillent sous une énorme pression à cause de ces engins, qui ressemblent à des Game Boy accrochées à leurs poignets. Il explique que la plupart de ses collègues étaient des gens d’Europe de l’Est qui ne pouvaient pas trouver de travail dans l’industrie des services à cause de leur mauvaise maîtrise de la langue. Cet ouvrier explique qu’il obtenait des scores étonnamment bas s’il prenait une pause ou s’il allait aux toilettes. Il explique que les pauses déjeuners, par contre, n’étaient pas prises en compte dans les scores.

Il arrivait parfois que les managers fissent venir tel ou tel collègue au bureau pour lui dire de mieux faire, si sa note était basse. « Quant à moi, je me débrouillais bien dans ce boulot, mais quand je revenais d’une pause, je m’apercevais que j’avais un score horrible et je me demandais pourquoi », se souvient-il. « Un manager m’a dit un jour que c’était à cause de mes pauses. Si tu avais 80% parce que tu avais pris une pause, il fallait te rattraper en faisant 120%. Il y avait certains types étonnants qui avaient tout le temps 110%. Ces gars-là étaient tout le temps en sueur et n’arrêtaient pas de fourmiller. »

La direction de Tesco à Donabate explique que l’entreprise emploie des techniques industrielles modernes, dont font partie les terminaux portables, et que ces terminaux sont là pour aider le travail, pas pour surveiller les équipes à leur insu. Un porte-parole explique que ces appareils sont munis d’une fonction « break », qui s’applique aux pauses. « Il est prévu dans le système un dispositif qui prévoit un laps de temps de 25 minutes par jour pour les vraies pauses [‘genuine breaks’] », ajoute-t-il. « Ce dispositif est là depuis que la mise en place du nouveau système et implique que ces temps de pause n’ont aucun impact sur les scores d’efficience. »

Il explique aussi que « le système de travail sans utilisation de papier a été mis en place depuis 5 ans et s’impose aujourd’hui dans tous les grands entrepôts ». Le porte-parole n’omet pas de préciser que l’entreprise Tesco a signé un accord avec le syndicat SITPU au sujet des pratiques dans le travail.

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