Allez on se retrouve.
Ça faisait déjà deux vendredis que je décommandais sous des prétextes fallacieux.
Pas envie. Et ça c’est nouveau. Retrouver mes amies n’a jamais été un supplice, ni une corvée… Mais ces derniers jours… Je n’ai envie de rien.
Pourtant, nous respectons ce rituel de salutations au week end depuis presque deux ans.
Que nous soyons en couple ou pas.
Le plaisir de faire garder nos braillards.
D’ôter nos tenues de mères.
De bosseuses, d’amantes…
De maîtresses…
Et n’être que des femmes.
Des amies.
Ravies de rivaliser de beauté pour honorer ce rendez-vous féminin.
Accessoires, coiffures, maquillages, talons hauts, nous sortons le grand jeu pour nous en mettre plein les yeux.
Le maître mot, une robe.
Parce que nous n’en portons pas au quotidien.
Pas pratique pour nos vies speed.

Mais le vendredi…

Et qu’est ce qu’elles sont belles….
Mes trentenaires glorieuses.
Mères célibataires.
Indépendantes et fières.
Mes femmes.
Oui.
Qui lisent en moi comme dans un livre… Tout comme je peux lire en elles, cela dit.
Alors à notre table, dans notre restaurant, pas de langue de bois. Des secrets oui, que nous espérons garder pour nous, mais elles touchent toujours le point sensible ou s’en approchent dangereusement…

Je suis la cible ce soir, étant donné mes désistements.
Et pourquoi d’ailleurs ?
Je rumine, sans vouloir m’y attarder plus, redoutant ce que je trouverais.
Lui ?
Encore ?
Je ne sais pas.
J’espère que non. Et pourtant.
C’est si loin tout ça.
Du moins en « mois ».
Mais en fermant les yeux. C’est là. Tout de suite.
Son visage, son parfum. Son regard.
Sa voix.
Son initiation.
Et les vestiges de son passage.

Elles sentent ma déprime et me sermonnent. Elles en ont le droit. Je ne me serais pas gênée de mon côté.
– Quoi ?
– Encore lui ?
– Oublie le !
– Tourne cette page maintenant !

Comme si je ne le voulais pas, comme si c’était facile…

M’avez vous seulement vu une seule fois comme ça ?
Depuis le temps que nous nous connaissons ?
Je suis la première surprise de n’être plus que l’ombre de moi même.
Au delà de la rupture, c’est l’espoir qu’il m’a ravi.
J’ai cru.
Chacune de ses paroles.
Et c’est le plus douloureux.
Le plus humiliant.
Plus encore que de se savoir remplacée aussi rapidement.
Parce que les tours que j’avais érigées pour me protéger je les ai sabotées pour le laisser entrer.
Et désormais, mon cœur est aussi béant et exposé qu’une plaie ouverte.

20130224-174955.jpg