Le patrimoine des membres du gouvernement est désormais public. Cette obligation de publication devrait être étendue à l’ensemble des parlementaires.

Fait inédit, le patrimoine des 37 ministres et du chef du gouvernement a été dévoilé lundi, un gage de transparence voulu par l’exécutif mais vivement critiqué à droite et aussi dans la majorité, où l’on redoute un grand déballage « voyeuriste ». C’est finalement une heure après le moment prévu (17 heures) que les services de Matignon ont mis en ligne sur le site www.declarations-patrimoine.gouvernement.fr les 38 déclarations de patrimoine. Ces déclarations avaient été regroupées ces derniers jours et numérisées par le Service d’information du gouvernement (SIG).

La déclaration recense tous les biens mobiliers et immobiliers, les véhicules, comptes bancaires, emprunts, assurances-vie, mais pas les oeuvres d’arts, ni les déclarations de revenus. Les ministres, pour certains à reculons, ont dû se plier à cette exigence de François Hollande et Jean-Marc Ayrault, qui tentent d’éteindre l’incendie Cahuzac et de reprendre la main après une séquence désastreuse. Le projet de loi qui sera examiné le 24 avril en Conseil des ministres devrait étendre cette obligation à l’ensemble des parlementaires, des membres des cabinets ministériels, présidents de collectivités territoriales et directeurs d’administration centrale.

Neuf ministres millionnaires

Ces déclarations font apparaître neuf ministres « millionnaires » : Laurent Fabius, Michèle Delaunay, Jean-Marc Ayrault, Michel Sapin, Marisol Touraine, Victorin Lurel et Valérie Fourneyron, George Pau-Langevin et Victorin Lurel. Parmi les ministres, Laurent Fabius (Affaires étrangères) et Michèle Delaunay (Personnes âgées) ont déclaré les patrimoines les plus élevés. L’ex-Premier ministre déclare ainsi des biens immobiliers d’une valeur supérieure au total à 3 millions d’euros. Michèle Delaunay avait elle pris les devants en annonçant un patrimoine de 5,4 millions d’euros, à 80 % des biens immobiliers.

Le Premier ministre possède lui deux maisons, une en Loire-Atlantique et une dans le Morbihan, ainsi qu’un garage à Nantes d’un coût de 20 000 euros. Propriétaire d’un combi Volkswagen acheté en 1988, évalué à 1 000 euros, le chef du gouvernement a aussi contracté plusieurs crédits à la consommation. Quant à Michel Sapin (Travail), il a déclaré plusieurs maisons et appartements à Paris, sur l’île d’Yeu ou encore à Argenton-sur-Creuse, son fief familial. La garde des Sceaux, Christiane Taubira, dispose de plusieurs biens immobiliers en Guyane et de trois vélos. Son collègue de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, a pour sa part deux maisons, ainsi qu’une moto BMW évaluée à 300 euros. Manuel Valls (Intérieur) ne dispose que de 108,71 euros sur son compte courant à la BNP.

Le patrimoine de Hollande s’élève à 1,17 million d’euros

Les ministres plus jeunes, comme Najat Vallaud-Belkacem (Droits des femmes), déclarent moins de biens. La porte-parole du gouvernement a ainsi un scooter Piaggio 50 cm3 et un contrat d’assurance-vie. Contrairement à ses 38 ministres, François Hollande n’a pas eu à publier son patrimoine, celui-ci ayant déjà été déclaré il y a un an, à l’occasion de l’élection présidentielle. Selon cette « déclaration de situation patrimoniale », publiée au Journal officiel du 11 mai 2012, le patrimoine du chef de l’État s’élève à 1,17 million d’euros, soit un montant inférieur au seuil de l’impôt sur la fortune, qui s’applique à partir de 1,3 million.

Si elle froisse certains membres de la majorité, cette opération transparence est souhaitée par l’opinion : plus de six Français sur dix (63 %) estiment nécessaire la publication du patrimoine des politiques, même si sept sur dix seraient indifférents s’ils apprenaient qu’un ministre ou un député est très riche, selon un sondage Ifop pour Le Journal du dimanche. Mais les ministres craignent un grand déballage et des palmarès établis dans la presse. Certains d’entre se sont également plaints mezza voce d’avoir été livrés à eux-mêmes par Matignon lors de la préparation de ces déclarations.

« Dérive voyeuriste » (Claude Bartolone)

« Lorsqu’une mesure de transparence est prise, il y a toujours une hésitation légitime à avoir, car ce sont des éléments privés rendus publics », admet-on à Matignon. Mais, ajoute-t-on, « dans toute une série de pays, cette transparence existe et est entrée dans les moeurs ». Faux ! rétorque le président de l’UMP, Jean-François Copé, pour qui cette supposée transparence à l’étranger est une « idée reçue ».

Les rivaux UMP de Jean-François Copé, François Fillon et Laurent Wauquiez, ont cependant devancé la loi et dévoilé leur patrimoine. « Même si je ne suis pas enthousiaste à cette idée (…), il faudra bien y passer », a commenté dimanche François Fillon. La publication du patrimoine des ministres « ne répond pas à la question posée », a de son côté fait valoir le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, jugeant inintéressant le nombre de ministres payant l’ISF « s’ils ne font rien pour lutter contre les inégalités ».

Les critiques ont été vives aussi au sein de la majorité, la plus virulente étant venue du président PS de l’Assemblée, Claude Bartolone, qui dénonce une dérive « voyeuriste ». Les parlementaires socialistes ne semblent pas non plus à l’aise avec cette « publication sauvage », reconnaît Bruno Le Roux, chef de file des députés PS.