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Le numéro d’août 2009 du Monde diplomatique propose un article sur la décroissance. Cet article fait un bilan des forces en présence et des différentes positions. L’auteur survole diverses questions liées à la question de la décroissance : la simplicité volontaire, les transports, le logement, l’alimentation, la population, etc. Il évite cependant de parler des anarchistes, qui se sont saisis de cette question et de la Fédération anarchiste, qui a adopté une motion à ce sujet lors de son congrès de mai 2008.

Le principal regret du journaliste ou des personnes interrogées semble être de ne pas voir de propositions concrêtes sous forme de partis politiques en vue d’élections. C’est le niveau zéro de la conscience politique qui ne peut se penser hors des partis.

Que sont devenus les Verts ? à l’origine force de propositions et de rupture, les écolos institutionnels ont rejoint les exigences du pouvoir et du capitalisme. Au mieux pensent-ils à un capitalisme vert, à un développement durable… Aucune remise en cause du système qui nous a poussés vers la catastrophe humaine, sociale et écologique : pollution, famine, exploitation, violence, guerre, etc.

« La participation d’écologistes dans les institutions montre que les étapes vers l’accession au pouvoir sont jalonnées de tous les renoncements et de toutes les trahisons. » *

Que propose le NPA ? Né dans l’illusion d’une nouvelle radicalité politique, le NPA est en fait une machine à élections : les européennes, les régionales, etc., avec leurs petits jeux d’alliance et leurs places au soleil à gagner.

Quant à la droite, à part un système de restrictions autoritaires, une société de rationnement et de surveillance généralisée, elle n’a rien à proposer.

« Ne pas rompre définitivement avec la croissance, c’est condamner les populations à un avenir proche dans lequel les classes dirigeantes imposeront des restrictions toujours plus sévères au prix d’un contrôle social toujours plus fort et de populations livrées à toutes les guerres et à toutes les pénuries. » *

Comme toujours, les anarchistes ne sont pas cités. Pourtant, lors du congrès en question, la Fédération anarchiste a adopté une motion très claire :

« Aujourd’hui, les pays riches se satisfont de pseudo-progrès en matière d’environnement alors qu’ils tirent leur niveau de consommation insoutenable de l’exploitation des pays du Sud.

Désormais, nous savons que la décroissance est inévitable, et l’humanité se trouve face à un choix décisif, l’organiser ou la subir : écologie sociale ou barbarie ! » * Qu’est-ce donc que la décroissance et quel projet social ?

La décroissance n’est pas une croissance négative, ce n’est pas la récession ! La décroissance entend lutter contre le capitalisme.

« La croissance est vitale pour le capitalisme, la décroissance lui est mortelle. » *

Ce n’est pas pour rien que la journal La Décroissance est lié au mouvement Casseurs de pub. La publicité est le moteur de la croissance : nous faire acheter tout et n’importe quoi. Mais cela ne suffit pas ! Pas plus que les efforts de frugalité ou les actions de simplicité volontaire. Il s’agit d’un système global qu’il faut détruire.

« La relocalisation de l’activité économique doit permettre de renforcer l’autonomie des individus. Toutefois, il faut se garder de toute tentation autarcique de repli sur soi : aucun îlot écologiste ne pouvant survivre dans un océan capitaliste, l’objectif reste l’élimination du système capitaliste. » *

La Fédération anarchiste est résolument anticapitaliste. Elle a mené et continue de mener des campagnes qui répondent à la volonté triple d’une révolution sociale, écologique et libertaire.

Jean-Pierre Tertrais, dans la brochure et le livre, Du développement à la décroissance – sortir de l’impasse suicidaire du capitalisme, parus aux Éditions du Monde libertaire, explique bien les choix des anarchistes. Il analyse les trois champs d’action prioritaires : l’industrie militaire, l’agriculture et les transports.

Tout d’abord, nous luttons contre l’industrie militaire, contre l’armée et contre les guerres. Ces guerres, en plus de l’horreur qu’elles engendrent, sont des gouffres financiers avec pour seules finalités de tuer et de détruire.

La Fédération anarchiste est adhérente au réseau Sortir du nucléaire car nous ne voulons pas vivre sous la menace des bombes et des « accidents » nucléaires. Nous refusons cette énergie qui nécessite la mise en place d’une société de spécialistes, une société fliquée, autoritaire, hiérarchique. Nous refusons cette énergie sur laquelle la population ne peut avoir ni regard ni contrôle. Au contraire, nous sommes pour des ressources en énergie qui soient maîtrisables et accessibles à tout un chacun. Certains groupes de la Fédération anarchiste entendent travailler sur ce sujet : la mutualisation et l’autogestion des énergies, l’eau par exemple.

La Fédération anarchiste et d’autres groupes mènent des campagnes en faveur des transports publics gratuits. (lire à ce sujet la brochure Zéro euro, zéro fraude, parue aux Éditions du Monde libertaire).

Enfin, nous sommes contre le productivisme et les pollutions liées à l’agriculture intensive. Là encore, une brochure, parue aux Éditions du Monde libertaire, Pour comprendre la crise agricole, présente les éléments d’analyse de la Fédération anarchiste.

« Partout, la réponse des tenants du système capitaliste consiste à désamorcer la contestation en organisant le consensus autour de fausses solutions. En France, cette stratégie s’est traduite par l’organisation d’un Grenelle de l’Environnement. Les solutions proposées visent avant tout à offrir de nouveaux débouchés au complexe industriel. La fuite en avant technologique aboutit à des aberrations, comme les agrocarburants, dont le développement entre directement en concurrence avec la production alimentaire et accélère la déforestation. Face aux ravages causés par le développement durable… du système capitaliste, les populations en sont réduites en France à contester la baisse de leur pouvoir d’achat tandis que dans plusieurs pays éclatent des émeutes de la faim. » *

La décroissance est, pour reprendre une expression de l’article cité, un « mot obus » qui permet de poser les choses, d’inciter à la réflexion et à l’action. Ce nouveau vocabulaire entre dans les esprits. Il est repris par différents groupes. Les anarchistes s’en sont saisis avec justesse.

À travers la décroissance, c’est la question sociale qui revient !

Produire quoi ? Comment ? Pour qui ? Avec qui ? Ce sont les idées et les pratiques d’autogestion, de fédération qui ressurgissent. Il n’y a donc rien à chercher auprès des partis politiques.

« Contrairement au projet réformiste de décroissance soutenable, nous réaffirmons qu’il est parfaitement illusoire de s’en remettre à l’État, alors que celui-ci depuis toujours concentre les moyens et oriente la production au service des multinationales (subventions, infrastructures, recherche et développement, crédits de formation, privatisations, externalisation des coûts, prise en charge des pertes financières, etc.). » *

« À l’opposé, la Fédération anarchiste est porteuse d’un projet qui permet aux individus de gérer la société eux-mêmes : une révolution sociale, écologique et libertaire ! » *

*. Extraits de la motion Décroissance du congrès 2008 de la Fédération anarchiste.

Source : http://www.monde-libertaire.fr/ecologie/13700-decroissance-et-anarchisme