Préambule : si les personnages et les propos cités sont inspirés de la réalité, ils ne sont pas le reflet exact de la réalité (maman, ne dégaines pas ton avocat !)

 

Heureux qui, comme mes parents, peut partir en voyage, s’en aller au gré des humeurs touristiques, vivre l’exotisme et s’en revenir bénissant sa terre natale.

Après le Canada, Venise, la Thaïlande, le Mexique, mes parents ont goûté à la Chine, pays dont on nous vante la modernité, la richesse et la suprématie (par l’émigration : vous ais-je déjà dit que ma fille était partie en Italie ? Elle y a croisé quelque volcan puant, quelque pape au balcon et quelque chinois qui, pour quelques euros, a calligraphié son adorable prénom, dont il savourait l’originalité, la gracieuseté et le droit d’être détaché du nom de sa famille).

Ma mère s’est déclarée déçue : la muraille est bosselée par des monts dépourvus de tapis roulants, l’architecture de la cité interdite est répétitive, les toilettes non closes peuvent être requalifiées d’armes à exposition massive ayant pour but d’attenter à la pudeur, les vendeurs – ceux ne proposant pas des miniatures de tour Eiffel – sont incapables de résister à un bon marchandage, ce qui lui fait dire que l’Union Européenne n’est qu’une coquille vide si elle n’arrive pas à imposer ses conditions tarifaires, les repas sont toujours une plongée dans l’inconnu, accompagné d’un riz qui l’avait à la colle, les guides sont soit trop rapides, avec un débit susceptible de remplacer trois centrales nucléaires japonaises, soit trop empressés auprès de l’interprète qui a dû être choisie lors d’un casting de miss Météo pour Canal+, soit trop parfaits parce que souriants à une blague très fine placée juste à propos par celle qui est l’auteur de mes jours et de ce fleuve narratif.

En résumé, les chinois ne sont pas comme nous, même si un peu plus évolués que les égyptiens dont mes parents ont pu admirer l’histoire il y a quelques années : si ces derniers labourent encore avec des charrues, les chinois ont des téléphones portables et des ordinateurs, bien que leur internet à eux ne leur permette pas de contrôler leurs connaissances sur wikipedia.

Mais par contre, ils ont un régime de retraite plus favorable que le notre : 60 ans pour les hommes, 55 ans pour les femmes. Mon mari ricane à ce moment là : « normal, vu qu’ils commencent à travailler à 5 ans ! ». Ma mère se remémore le guide parfait avec nostalgie et se rappelle qu’elle avait dit à sa fille (moi en l’occurrence) que ce barbu blondinet (mon mari) ne lui revenait pas et malheureusement, maintenant, il revient avec la clique au moins une fois par trimestre (et encore, parce qu’il faut que je le supplie que si on va chez mes parents, il pourra profiter des nouveaux DVD achetés par mon père). Elle en profite pour glisser qu’en parlant de gamins, les leurs gambadent sans culotte afin de pouvoir mieux s’agenouiller et exprimer leur besoins.

Et puis c’est affolant tout ce monde dans les rues : rien qu’à Chongqing, 32 millions d’habitants se sont hissés, encastrés, agglomérés en l’espace de 20 ans ; et un petit village, chez eux c’est 700 000 âmes (ce qui n’exclut pas la problématique de la solitude).

Et puis, cette pollution : ils se chauffent au charbon. Et ma mère est entrée enrhumée. Elle n’a pas attrapé le virus de la grippe aviaire qui sévissait  fortement à ce moment là : au moins 4 morts étaient annoncés, diffusés, embaumés, exorcisés, exploités. Non, ces sinus, habitués à la rose et au chou, s’étaient infectés au contact de cet air toxique, obligeant de nombreux indigènes à s’expatrier pour purifier leurs contacts avec le monde des affaires.

Et ces gens conduisent n’importe comment : parce qu’il a eu un accrochage, le conducteur du bus est sorti s’expliquer avec un automobiliste ; celui-ci ne s’est pas laissé faire et a sorti son justificatif d’identité : un coutelas qu’il a enfoncé dans une partie du corps non identifié par ma mère. Et il a fallu attendre 1 heure que le conducteur soit remplacé par un autre moins fort en gueule mais plus épais du thorax.

En résumé du résumé : la Chine, même les chinois peinent à y respirer.

Et après, on taxe les français d’arrogance !