Culpabilité responsabilité

La culpabilité est l’ombre du contentement de soi. C’est la focalisation de la conscience sur les conséquences de notre comportement, sur ce que j’ai fait ou pas fait, comme si ce que je fais ou pas était l’origine des conséquences. En fait, ce que je fais ou ne fais pas n’est pas la cause mais la simple conséquence de ce que je suis au niveau relatif. Or si ce que j’ai fait ou ce que je n’ai pas fait n’est pas la cause mais la conséquence de ce que je suis au niveau relatif, ce que je suis au niveau relatif n’est pas la cause mais la conséquence du mécanisme d’identification de la conscience à ce que je ressens comme étant « moi ». Et ce « moi » nous balade de l’auto satisfaction légère au narcissisme le plus absolu, d’une image légèrement dévaluée à une culpabilité suicidaire, d’un manque d’amour « ordinaire » (ce que l’on nomme aimer ) à un rejet profond de l’autre. Notre satisfaction, ou notre culpabilité est toujours narcissique, et comme pour Narcisse elle nous mène tôt ou tard à en mourir.

Pourquoi vivons- nous sur ce mode ?

Parce-qu’il est moins douloureux de souffrir de « moi injuste » que de quitter « moi injuste ». En effet ne nous quitte que ce que nous avons reconnu pleinement, que ce à quoi nous nous sommes ouverts totalement.

Tant que « moi » est l’œil à partir duquel nous voyons, l’oreille à partir de laquelle nous entendons, le cœur à partir duquel nous aimons, nous ne voyons que nous-même, nous n’entendons que nous-même, nous n’aimons que nous-même, et nous ne souffrons que sur nous-même.

Et toutes nos larmes ne sont qu’un long apitoiement.

Si cela est vu alors la culpabilité disparaît, et la responsabilité la remplace. Nous ne nous sentons plus coupables de ce qui s’est produit à travers nous, mais intensément responsables de l’identification à ce que nous vivons comme étant « moi ». Il est vu que toutes nos démarches pour « aller mieux » n’avaient qu’un objectif : « moi mieux », et que si cette démarche a une certaine utilité, elle ne nous met pas à l’abri des incontournables conséquences de la vie à partir de la sensation « moi », ni nous, ni l’autre. Nous savons que « moi » défendra toujours sa peau, et se nourrira toujours de ce qu’il ressent comme l’autre, sa partie manquante, soit en l’assimilant, soit en la détruisant.

Le mythe de Narcisse – étudié dans « mal d’ego, bonheur d’être » – décrit très précisément cette identification, ce zoom de la conscience sur ses propres perceptions, et son aboutissement inéluctable dont voici la fin :

«  Aussi quand il (Narcisse) vit son reflet, fasciné et incapable de se séparer de son image, il dépérit peu à peu. »

 « Une lecture trop rapide risque de nous faire passer à côté du sens de ces deux phrases. Une fois de plus le mythe ne nous décrit pas une condamnation au sens propre, mais un processus. Quand la conscience est prête elle ne peut rien faire d’autre que revenir à l’Origine (c’est le sens du titre du livre de Ramesh Balsekar : dans la gueule du tigre).

Au commencement Narcisse ‘courrait et jouait’, conscience non consciente d’elle-même. Cette conscience non consciente d’elle-même conduit Narcisse à se perdre, et Némésis n’a plus qu’un seul moyen, lui faire voir son reflet. Ici commence ce que les Soufis appellent le ‘chemin du retour.’ En le condamnant à tomber consciemment amoureux de lui-même (de ses perceptions) Némésis lui donne sa chance. Pourquoi ? Parce que cette adoration va conduire Narcisse (l’ego) à sa mort. Ce n’est qu’à ce prix que Narcisse retrouve la Paix de l’origine, comme le souligne la dernière phrase du texte :

A l’endroit de son corps, une belle fleur se mit à pousser, honorant le nom et la mémoire de Narcisse.

Cette dernière phrase décrit la réalisation de l’éveil, le grand satori. Lorsque l’ego (Narcisse) s’est dissout, une belle fleur pousse. La fleur, selon Novalis (heinrich von Ofterdingen) est le symbole de l’Amour et de l’harmonie caractérisant la nature primordiale. Elle s’identifie au symbolisme de l’enfance, et d’une certaine façon, à celui de l’état édénique. (dictionnaire des symboles – Seghers.) »

Pourquoi cette fleur pousse-t-elle ?

Parce que ce n’est pas le résultat d’une destruction, d’une condamnation, mais le résultat d’une observation. Cela rejoint très précisément ce que dit Nisargadatta Maharaj :

«Lorsque j’ai rencontré mon Gourou, il m’a dit: «Tu n’es pas ce pour quoi tu te prends. Trouve ce que tu es. Surveille l’impression «Je suis», trouve ton Soi réel. » Je lui ai obéi, parce que j’avais confiance en lui. J’ai fait ce qu’il m’avait dit. Je passais tous mes temps libres à me regarder en silence. Et quelle différence cela a fait, et combien vite ! Çà n’a pris que trois ans pour réaliser ma vraie nature.

 …Au lieu de chercher ce que vous n’avez pas, trouvez ce que vous n’avez jamais perdu. »

Belle semaine

François