Ce soir, je n’arrive pas à dormir, car un orage gronde au-dessus de la ville. Des éclairs illuminent ma chambre, tandis que je regarde fixement mon plafond. J’ai si peur d’eux, que j’en suis pétrifié, tel un oiseau croisant le regard d’un serpent.  J’étais complètement perdu dans mes pensées quand trois petits coups firent échos sur ma porte.

-Maman? Demandai-je, incertain.

-Non, c’est moi, me répondit doucement ma sœur.

-Viens…s’il-te plaît, implorai-je d’une petite voix.

Je me sentis tout de suite mieux, sa présence réchauffant quelque peu ma chambre glacée. Elle s’assit sur mon lit, et prit ma main entre les siennes.

-Tu sais, commença-t-elle en jouant avec mes doigts, un grand garçon comme toi ne devrait pas avoir peur des éclairs.

-C’est du feu lancé du ciel, murmurai-je.

-Pardon? Dit-elle perplexe.

-J’ai peur du feu qui vient, mais mon corps est si froid… Ils veulent me réchauffer, me libérer, expliquai-je de plus en plus fort.

-Arrête ça! Tu recommences! Cria-t-elle en se levant brusquement. Tout ça, c’est dans ta tête!

-Non, je le sens, ils vont bientôt venir… Ils m’ont enfin trouvé… répétai-je inlassablement.

-Tais-toi! Hurla-t-elle.

J’entendis des bruits de pas, et mes parents firent irruption dans ma chambre.

-Que ce passe-t-il? Demanda ma mère, affolée.

-C’est lui, cria presque ma sœur, il délire, on aurait du l’enfermer!

-J’ai simplement dit la vérité, déclarai-je, tout à coup extrêmement calme.

-Ce n’est pas la première fois que ça lui arrive, murmura mon père à son épouse.

-Peut-être, mais ça fait vraiment peur…Lui répondit-elle le regard fuyant, moi qui croyait que tout cela était fini…Son psychiatre nous avait pourtant affirmés…

-Oubli le psy! S’il y retourne, ils vont l’interner! Répliqua-t-il, en fronçant les sourcils.

Je fis mine de n’avoir rien entendu, j’étais accoutumé à ce genre de chose. Ma famille au grand complet me croyait fou, mais je savais au fond de moi que mes craintes étaient fondées.

Brusquement, le grondement du tonnerre s’amplifia à un tel point que les vitres en tremblèrent. Par-dessus le vacarme ambiant, ma sœur hurlait :

-Il avait raison! Il avait raison!

Plusieurs éclairs quittèrent le ciel nuageux pour se rejoindre en une immense colonne d’électricité, et finalement frapper de plein fouet notre maison. Alors que le feu ravageait nos biens et calcinait notre peau, les toutes dernières traces de peur s’envolèrent de mon esprit. Ce corps vide et froid qui enfermait mon âme allait être détruit. Un ultime sourire s’étira sur mes lèvres craquelées, et je fermai les yeux.