Au dernier trimestre 2012, la Chine a mis fin au ralentissement de son économie, avec un taux de croissance de son PIB de 7,9 %. L’année 2012 a connu sa plus faible croissance en treize ans, avec 7,8% contre 10,4% en 2010 et 9,3% en 2011. Malgré ce rebond salvateur, l’économie chinoise reste très fortement dépendante des exportations et donc de l’économie mondiale. Toutefois, Pékin tente de la réorienter vers la consommation des ménages. D’autant plus que pour la première fois en neuf ans, les investissements directs étrangers (IDE) ont diminué de 3,7% en 2012, à 83,775 milliards d’euros. A l’inverse, les investissements chinois à l’étranger ont progressé de 28,6% à 57,915 milliards d’euros, a annoncé le ministère chinois du Commerce.

AFP Modifié. L'économie chinoise de 2000 à 2010, contre 9,3% en 2011 et 7,8% en 2012.

AFP Modifié. L’économie chinoise de 2000 à 2010, contre 9,3% en 2011 et 7,8% en 2012.

Une économie redynamisée

Le Bureau national des statistiques a annoncé une hausse de 7,9% sur un an, entre octobre et décembre 2012. Après sept trimestres consécutifs de ralentissement, et un troisième trimestre marqué par une hausse du PIB de seulement 7,4%, le rebond de l’économie chinoises reste incontestable. Le taux est supérieur  aux estimations réalisées par de nombreux analystes. Sur l’année, l’économie a connu une croissance de 7,8%. Poussé par la production industrielle, le secteur a augmenté de 10,3% sur un an en décembre, contre un consensus de 10,1% l’année précédente.

Les investissements ont subi une légère baisse par rapport aux estimations. en effet, l’investissement a été en hausse de 20,6% sur l’année et non de 20,7%, comme prévu. Les investissements en capital fixe se sont eux élevés l’an dernier à 4.387 milliards d’euros. Cette somme représente 70,2 % du produit intérieur brut (PIB), qui s’est élevé en 2012 à 6 244,7 milliards d’euros. « Dans la phase suivante, nous devrons nous concentrer sur un changement de modèle de croissance et améliorer la qualité et l’efficacité de la croissance économique », a indiqué le communiqué du BNS.

En effet, le gouvernement chinois avait – avant la proclamation de la nouvelle équipe dirigeante – lancé une série de mesures destinées à changer le modèle de développement du pays, trop accès sur les exportations et moins sur la consommation intérieure. D’autant que d’après les douanes chinoises, la croissance du commerce extérieur est passée de 22,5 % en 2011 à 6,2 % en 2012, justifiant en partie le ralentissement de l’économie chinoise.

Depuis la mi-2012, des grands travaux d’infrastructures, notamment dans les chemins de fer, ont été mis œuvre pour désenclaver certaines régions du pays. Ces investissements considérés hasardeux par certains économistes, car peu rentables, peuvent engendrer de l’inflation, comme le programme de relance, après la crise financière mondiale de 2008. Le ralentissement de l’économie chinoise est également dû aux ventes de détail en hausse de 15,2% sur un an en décembre 2012, alors que les économistes prévoyaient en moyenne, sur 14,9%. Reflet de la consommation des ménages, la progression de la vente aux détails  a été limitée à 14,3 % sur l’ensemble de l’année 2012, contre 17,1 % en 2011.

Baisse des investissements directs étrangers

La crise économique et financière, débuté en 2008 aura un impact sur l’économie chinoise, tant dans le secteur des exportations que dans celui de l’investissement des étrangers sur le sol chinois. La diminution enregistrée en 2012 dénote avec le record battu en 2011, les IDE avaient atteint 87 milliards d’euros.

« Les investisseurs chinois ont réalisé en 2012 pour 57,915 milliards d’euros d’investissements directs étrangers dans 4.425 sociétés réparties dans 141 pays et territoires, en hausse de 28,6% sur un an », a déclaré le porte-parole du ministère, Shen Danyang, dans un communiqué reprit par l’Agence France Presse. Cette annonce a suscité des réactions de la part des observateurs qui se demandent si l’Empire du milieu ne va pas finir par « exporter plus d’investissements dans les entreprises qu’elle n’en attire ».

« Il est très probable que la Chine va devenir un pays exportateur (net) de capital », a expliqué à l’AFP, Shen Jianguang, économiste de la maison de courtage Mizuho Securities Asia Limited. Ce dernier a indiqué que cela pourrait se produire d’ici deux à trois ans, car « les investissements à l’étranger sont un moyen relativement rapide pour les sociétés chinoises d’obtenir de la technologie et des parts de marché à l’étranger ».

Sur l’ensemble de l’année 2012, « la croissance de l’investissement en provenance de certains pays développés, dont les Etats-Unis et le Japon, a été bonne ». Les investissements américains en Chine ont progressé en 2012 de 4,5% à 2,34 milliards d’euros, et ceux en provenance du Japon de +16,3% à 5,535 milliards d’euros. En 2011, la hausse des investissements nippons avait également accru de 33,2%. Cela monte qu’en dépit des nombreux sujets de tension entre la Chine et ces deux états, la question économique et commerciale reste un vecteur d’entente.

A contrario, les investissements directs étrangers en provenance de l’Union européenne ont diminué de 3,8% l’an dernier à 4,58 milliards d’euros. Cependant, les investissements en provenance de dix pays asiatiques, dont le Japon, représentent la majorité du total des IDE en Chine, soit 71,80 milliards d’euros, en baisse de 4,8% sur un an.

Investissement Chinois en Europe, jusqu'en 2009. L'Expansion

Les investissements chinois à l’étrangers, notamment en Europe, persistent. Bien que le Vieux continent a diminué sa part en Chine

Chute du secteur manufacturier

La diminution des IDE est concentrée dans les industries manufacturières, sans pour autant « constater de délocalisation massive d’entreprises étrangères depuis la Chine », a indiqué Shen Danyang. Pour la seconde année consécutive, le secteur manufacturier a connu une baisse de 6,2% par rapport à l’an dernier. Auparavant, secteur moteur important des IDE en Chine, le domaine connait des augmentations du coût du travail conduisant certaines entreprises étrangères ayant une importante main d’œuvre à se tourner vers l’Asie du Sud et du Sud-Est.

Le porte-parole du ministère du commerce, Shen Danyang, a indiqué lors d’une conférence de presse que certains patrons d’entreprises étrangères travaillant en Chine ont fait savoir au ministre chinois du Commerce, Chen Deming, qu’ils comptaient augmenter leurs investissements dans le pays. « Cela montre que les entreprises multinationales ont toujours une grande confiance dans l’environnement chinois des affaires », a ajouté Shen Danyang.

Outre la hausse du coût du travail, Wang Zhile, Président de l’Académie sur les Sociétés Transnationales New Century de Beijing, a expliqué dans les médias officiels que cette baisse était également due « à la fragilité de l’économie mondiale et à la concurrence féroce pour attirer les capitaux étrangers ». « La chute des IDE n’est pas une surprise, du fait des problèmes de la dette européenne. Les performances de la Chine l’année dernière ont été bonnes », a déclaré ce dernier.

Sur l’ensemble du territoire, les zones du Centre de la Chine ont vu une nette augmentation des IDE de 18,5% en 2012, bien que cela ne représente que 8,3% du total national, a indiqué le ministère du Commerce. A l’Est, les données représentent plus de 82% du total des IDE en Chine, celles-ci ont enregistré une baisse de 4,2%. Tandis que les régions frontalières de l’Ouest ont une baisse de 14,3%.

Bien que négative, ces chiffres donnent des raisons supplémentaires au Conseil des affaires de l’Etat de développer les provinces du Centre du pays. En effet, en juillet, le Conseil avait publié une directive sur l’encouragement du développement des provinces du Centre. Celle-ci stipulait que les pouvoirs provinciaux devaient « favoriser le secteur manufacturier de ces régions, riche en en main-d’œuvre, par le biais du déplacement d’entreprises depuis les bases de fabrication traditionnelles des zones côtières ».

LA CROISSANCE CHINOISE

Une croissance de 8% pour 2013

Les économistes pensent que ce rebond pourrait se poursuivre pendant le premier semestre de 2013. « Les taux de croissance de l’économie vont probablement fluctuer dans une bande étroite en 2013″, a expliqué Ren Xianfang, économiste d’IHS Global Insight basée à Pékin. « Nous nous attendons à ce que la croissance culmine autour de 8,3% au premier semestre avant de ralentir à 8% au second », a prédit de son côté, Lu Ting, économiste chez Bank of America – Merrill Lynch. Cette année, la politique monétaire « devrait être légèrement resserrée vers le deuxième semestre en raison d’inquiétudes sur une reprise de l’inflation, des prix de l’immobilier en hausse et une surchauffe de l’investissement », a ajouté ce dernier.

Les économistes interrogés par l’Agence France Presse ont, en moyenne, prédit 8% de croissance pour 2013. Cependant, cette croissance ne devrait pas durer, car « l’environnement économique international reste difficile cette année et l’économie chinoise connaît toujours des déséquilibres », a admis le porte-parole du Bureau national des statistiques (BNS), Ma Jiantang, lors d’une conférence de presse.

En décembre, la Banque mondiale (BM) a légèrement revu à la hausse sa projection de croissance pour la Chine en 2013, l’institution statuait à 8,4% contre 8,1% prévu jusqu’à présent. Ces estimations ont été confortées, car le BNS a annoncé un taux de croissance du PIB de 7,9%, comme prévu dans un rapport sur l’Asie du Sud-Est de la BM. Cependant, la banque s’attendait à un taux légèrement plus faible de 7,7%. Ces annonces encourageantes pourraient être remises en cause car « sur le long terme, la croissance du PIB devrait se tasser quelque peu en raison du changement structurel de l’économie, qui est censée se détourner d’une croissance fondée sur l’investissement et les exportations », a noté la Banque mondiale.

C. Tabou