« Maman, comment on fait les bébés ? »
Anphonite, 32 ans, une belle et mince jeune femme noire de la classe moyenne, c’est à dire assez aisée pour pouvoir s’acheter un pavillon en ville, a toujours craint la question que sa fille Jaher vient de lui poser à l’instant.
Elle sait pourtant qu’elle ne peut éluder la question et sa fille de dix ans est maintenant en âge de comprendre les choses de la vie. Elle se lève du canapé où elle se reposait et se dirige vers sa fille doucement. lui prenant la main, elle l’emmène à l’étage supérieur de l’appartement au niveau de sa chambre puis, en lui indiquant son lit du bout du doigt, elle lui indique de s’asseoir au bout.

Ma chérie, débute Anphonite, je vais te raconter l’histoire de notre peuple. Tu as sans doute déjà entendu parler de certaines légendes et tu te souviens probablement des contes que l’on te racontait lorsque tu étais enfant et que tu refusais de dormir ? Bien, toutes ces histoires ont une partie véridique.
La petite fille ouvre les yeux grands écarquillés et s’affale sur le lit, se préparant à écouter l’histoire qui sera sans doute la plus grande révélation de sa vie.

Il fut un temps, dans une contrée relativement sauvage, subsistait notre peuple. Nos ancêtres nous ressemblaient assez du point de vue physique, si ce n’est leurs habits étranges et certaines de leurs coutumes grotesques.
En ces temps reculés, nos ancêtres peinaient à trouver de quoi se nourrir et même quelquefois se vêtir. Les moins chanceux devaient utiliser des haillons pour ne pas mourir de froid ou mendier leur pitance à des êtres que certains vénéraient comme des dieux. Mais ces derniers, venus d’une étrange régions de notre terre, Era, s’amusaient de leurs offrandes et les chassaient, puis les dressaient à devenir leurs animaux de compagnie.
Réduis à cet état, nos ascendants se voyaient contraint de les servir sans jamais se plaindre et certains pouvaient même se voir infliger de lourdes punitions par leurs puissants tortionnaires.
En effet, les monstres étaient pour la plupart hideux et effrayants, leur visage dur comme de la pierre pouvait se trouver hérissé de poils urticants au contact, et leurs muscles étaient étonnement puissants.

Il pouvait cependant arriver que certains de ces monstres puissent s’attacher à nos ancêtres et, en guise de récompense, ces derniers leur offraient le plus puissant de leur pouvoir: le don de la vie.
Mais un monstre reste un monstre, et bien vite le cadeau s’avérait être un poison qui transformait le corps de nos ancêtres, leur drainant leurs forces vitales, les rendant malades au petit matin et les abandonnant au plus lourd dédain de leur maître qui ne les considéraient plus du tout. Enfin venait le temps de l’avènement que les anciens chamans appelaient la délivrance, un terme pour le moins trompeur sachant que nos ancêtres souffraient le martyr des heures et des heures, hurlant que l’on veuille bien faire cesser leur douleur à leur geôlier qui, amusés de leur méfait, se gaussaient de les voir tant gémir.

Les monstres régentaient Era d’une poigne de fer, tu l’as bien compris, et ceux de notre peuple qui osaient se rebeller ou tenter de s’évader se voyaient ensuite briser et subissaient la peine capitale: ils passaient le reste de leur vie dans un camp de travail, au bagne, enfermés la plupart du temps dans un bâtiment du choix de leur maître et forcés à endurer les pires corvées comme récurer, repasser, nettoyer, s’occuper des enfants autant ceux de notre peuple que ceux des monstres, faire à manger, etc…

Un beau jour, notre peuple se souleva, certains y laissèrent leur vie dans la rébellion mais les autres purent s’enfuir.
Conscients de leur faiblesse physique en comparaison des monstres, ils attendirent patiemment, cachés dans les bois, que ces derniers se retrouvent seuls face aux taches ingrates qu’ils ne pouvaient plus laisser faire à leurs esclaves.
Les Zohms, puisqu’ils se nommaient eux meme ainsi, commencèrent à se battre pour ne pas faire les-dites corvées.
Une fois bien affaiblis et leur nombre ayant été drastiquement réduit, les Zohms, puisqu’on les appelait ainsi, périclitèrent, incapables de se nourrir seuls, et nos ancêtres en profitèrent pour les attaquer et parquer les survivants.
Ainsi, les abominables créatures finirent captives, utilisées comme des vaches à lait dont on retire le précieux liquide afin de nous donner le pouvoir de procréer.

Voilà ma fille, tu sais maintenant tout de notre histoire, et un jour prochain, lorsque tu auras suffisamment grandi, tu pourras, toi aussi, choisir ton semeur…

Jaher regarde sa mère et lui offre son plus beau sourire, consciente d’appartenir au plus fier des peuples de Era: les amazones.