DSC_0526 (Copier)En ce mois d’avril pluviokilométrique, on peut comprendre l’envie de soleil et de chaleur. De là à retourner cinq fois de suite dans un village situé à 40km de marche du dernier point accessible en quatre roues, pour y suer sang et eau au lieu d’aller siroter des cocktails en lézardant sur une plage paradisiaque : on a beau avoir le cœur sur la main, on comprend un peu moins. Donc on questionne.

La rencontre entre Fabrice et ce village malgache de Bemena n’était pas planifiée : en 2008, alors qu’il rêve d’Amérique Latine, un ami voyageur lui propose Madagascar. Sur l’île rouge, jeu de pistes pour redistribuer des photos prises par un autre voyageur aux personnes que celui-ci avait croisées. Rencontre avec Nino, qui doit partir rendre visite à sa famille en brousse, et qui embarque l’européen dans ses bagages pour une découverte de l’île hors des sentiers touristiques.

Pas de caméra pour suivre la marche sous le soleil façon Pékin Express, et aucune épreuve de confort au bout de la route. Juste des cases et environ 250 villageois, dont le patriarche édenté chante fièrement la Marseillaise au premier blanc qu’on ait vu depuis des décennies dans ces contrées. 

Avant de devenir bon samaritain le Français fait d’ailleurs figure de père Fouettard : tous les enfants, sans exception, pleurent ou s’enfuient en le voyant (rassurez-vous, aujourd’hui quand ils le voient ils rient et sourient).

Choc culturel, réaction humaine, toujours est-il que Fabrice décide de financer l’opération de la jeune Anta, dont le bras cassé s’est mal ressoudé. L’attitude du visiteur touche la famille, Nino fait le lien, une entente se tisse. Fabrice reviendra un an plus tard revoir ceux qu’il considère déjà comme une 2e famille, qui rencontrera la première lorsque ses parents l’accompagnent pour son troisième séjour en 2010.

Ce n’est finalement qu’avec son quatrième voyage qu’une aventure de plus grande envergure commence : Fabrice, qui prend plaisir à aider son prochain, emmène des vêtements par dizaines vers Madagascar. Une amie préfère lui donner de l’argent pour qu’il achète des fournitures scolaires. Seul petit hic : pas d’école à Bemena. Le carton sur les bras (comme un c** si vous me permettez l’expression !), notre tourangeau découvre que 40 euros par mois suffiraient à payer l’instituteur qui fait défaut. L’univers des possibles s’élargit à l’idée de ne plus être le seul à s’intéresser au village : les statuts de l’association Bemena sont déposés quelques mois plus tard, l’instituteur fait sa rentrée en mars 2011, et les projets s’enchaînent.

On pose bien sûr la question toujours délicate des relations entre la France et ses ex-colonies, entre l’humanitaire, l’assistanat, la bonne conscience occidentale et l’imposition d’un modèle de civilisation à une population qui ne l’a pas demandé. Mais c’est en parrain que Fabrice se conçoit. Loin de se voir comme le bon petit blanc venu apporter la lumière de la modernité, il entend juste aider ses amis à acquérir des choses qu’il considère basiques : l’éducation et la santé. Ce sont d’ailleurs les habitants de Bemena qui, après l’impulsion initiale, sont aujourd’hui à l’origine des nouveaux projets que l’association ne fait qu’appuyer en fournissant pelles, pioches et paperasses diverses (le désormais président d’association est devenu expert en marathon administratif malgache). Briques, piste, marché, école… L’association suit son cours, avec Pauline et Nino sur place, Fabrice et sa famille en France, avant un prochain départ en octobre prochain.

Mais notre conducteur de train rêve surtout d’une chose : que la SNCF crée des voies ferrées à la Réunion, pour qu’il puisse travailler tout en se rapprochant de son île préférée.

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Derrière le cadre de Détourages: Fabrice Gerboin et l’association Bemena, un village une école. Vous trouverez sur le site de l’association son historique, les projets en cours ainsi que des vidéos tournées par les Gerboin lors de leurs différents séjours, et quelques produits dont la vente finance en partie les actions de l’association (prochain projet: la construction d’un dispensaire). Pour ceux qui sont connectés, il y a aussi Facebook!