« Le Nouvelliste », journal régional de Trois-Rivières au Québec, a gracieusement accepté de publier l’opinion que vous lirez ci-dessous et que je lui ai expédiée au lendemain de ma participation ( mardi 16 avril 2013) à l’assemblée générale annuelle de la Caisse Desjardins Godefroy (un assemblage de Caisses populaires de la région de Bécancour).

Mais il y a un « mais »!

J’avais intitulé mon court texte;

« Fermeture de Desjardins »

La censure mercantile du journal trifluvien a changé ce titre pour celui-ci :

« Fermetures chez Desjardins »

Subtil n’est-ce pas ces censeurs et bien-pensants?

Évidemment, mon titre était provocateur et laissait entendre que Desjardins, le « grand » Mouvement Desjardins, fermait ses portes. Ce qui, du reste, est une réalité dans nombre de municipalités du Québec au niveau de Caisses populaires locales qui ont tout simplement disparu. La bâtisse peut toujours être là, mais l’esprit, l’âme dirigeante de la coopérative, le cœur de cette vie économique et financière ont cessé de vivre.

Les portes se ferment de plus en plus chez Desjardins; dans certains quartiers et villages du Québec, la coopérative et la coopération disparaissent. « Pas rentables » disent les hautes directions; pourtant, juste avant les fusions des Caisses, il n’y a pas longtemps, pratiquement toutes ces institutions autonomes vivaient bien et même très bien depuis des décennies.

Desjardins éprouve donc, selon ses propres dires, des difficultés financières; la fermeture de Desjardins est-elle imminente? La formule coopérative fait-elle place à une formule plus capitaliste ou, officiellement, plus oligarchique où la vaste majorité des membres est de plus en plus laissée pour compte dans leur village ou quartier qui se meurt?

Est-ce là des questions ou préoccupations indécentes ou non avenues de la part des citoyens qui soutiennent financièrement et idéologiquement cette formule économique dite coopérative et démocratique? La formule est-elle irrémédiablement dépassée, démodée, « has been » comme diraient certains? L’indifférence du peuple envers leur création éconofinancière est-elle le principal symptôme d’une mort certaine annoncée? Dorimène et Alphonse ont-ils fait leur temps? Et la jeunesse est-elle à ce point endormie devant leur téléviseur et les parties plattes de hockey ou les « stars académie » de TVA?

Chose certaine : les hautes directions de Desjardins transpirent d’une haute tension qui les fait marcher sur des œufs à la moindre inquiétude des membres; leurs réponses sont comprimées, malhabiles, nerveuses, inquiètes et souvent incohérentes.

Il fallait voir la vidéo de Madame la Présidente Leroux qu’il nous a fallu souffrir lors de cette assemblée générale annuelle de la Caisse Godefroy. Le message de la très dispendieuse première employée du Mouvement Desjardins ne passait tout simplement pas avec ses regards de travers, sa vision pancanadienne et universelle de la coopération, alors qu’ici, au Québec, les membres crient à l’écoute de laisser ouvert ses Caisses populaires! Une présidente sur vidéo, ça reste sourd aux demandes de ses ouailles.

Il était triste aussi d’entendre le président de la Caisse nous faire un aparté, tentativement drôle, sur l’incroyable coût d’un timbre postal maintenant rendu, soi-disant, à 0.70 $ chacun. N’a-t-il donc pas encore appris qu’un retrait au comptoir de sa Caisse coûte entre .75 $ et 1.25 $ en frais de service, et que sa brochure sur les frais et services courants aux membres s’épaissit sur 32 pages à comprendre?

Merci quand même au journal « Le Nouvelliste » pour avoir rapidement publié mon texte. Le but de celui-ci était de réveiller et sortir les membres de leur torpeur du confort de leur foyer et leur faire conscientiser que chez Desjardins, la démocratie coopérative n’est plus qu’une oligarchie autocratique. Oui, ils le savent; est-ce là une raison pour baisser les bras? Absolument pas; bien au contraire.

Le réveil est-il trop tard? La réponse finale appartient au peuple, aux membres dont je suis, et dont j’assume la responsabilité. Il ne faut pas jouer le jeu de Desjardins et feindre l’ignorance. Et pendant que nous demeurons dans ce leurre, la mort annoncée se rapproche et se vit!

Vrai que rien n’est permanent. La mort permet probablement la renaissance; entre temps cependant, n’est-ce pas l’agonie?

Voici ce texte au journal « Le Nouvelliste ».

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Fermetures chez Desjardins

Lorsque le président de la Caisse Desjardins Godefroy a annoncé le mardi soir 16 avril dernier la fermeture de la Caisse de Ste-Angèle-de-Laval, l’ex-directeur de cette Caisse a bondi en quasi colère pour déclarer :

« J’apprends ce soir qu’on va fermer MA Caisse! »

Quelle désolation d’entendre cet homme de coopération s’indigner beaucoup trop tard sur ce qui est maintenant une évidence pour tout le monde de la coopération au Québec depuis bien des décennies : Desjardins n’appartient plus à ses membres.

Déclarer aujourd’hui qu’on va fermer « MA » Caisse, c’est comme déclarer qu’on va fermer mon Wall Mart, mon Métro, mon Zeller’s, ma « Royal Bank »…; Desjardins n’appartient plus à ses membres depuis au moins 25 ans, depuis Claude Béland et son beau travail de fusions de Caisses populaires : Desjardins appartient depuis ce temps aux agences de cotations américaines et européennes auxquelles Desjardins est soumis comme un client de banque endetté jusqu’au cou.

Les membres sortent de leur dortoir beaucoup trop tard et pendant qu’ils faisaient la grasse matinée, les fonctionnaires en service de la « Bank » coopérative de Lévis s’affairaient à signer des accords de « coopération » financiers internationaux très compromettants. Fini l’appartenance des membres à leur coopérative financière locale; désormais, Desjardins voyait grand, voyait gigantisme, voyait mondialisation. Il n’y avait plus de frein à rien; pas même la clientèle-membre.

Standard and Poor’s, Moody’s, accords de Bâle, etc., tous non membres, mais tous les seuls maîtres de Desjardins. Les fusions de Caisses, partout en province, ont été pensées chez ces maîtres financiers : pour avoir du financement et leur bonne cote, Desjardins a dû se plier au système capitaliste. Il ne faut pas croire les chantres de la coopération; la coopération n’est qu’un joujou pour les puissants capitalistes de ce monde et leur mondialisation. Et nos dirigeants rémunérés se saignent tous (comme l’a déclaré un dirigeant de la Caisse  Godefroy, mardi soir) pour suivre les normes imposées sinon…

Trop tard aujourd’hui pour vivre en réelle coopération : toutes les coopératives ne sont qu’une nouvelle formule d’exploitation des populations qui ne sont qu’otages de la finance mondiale. Qui peut dire le contraire? Qui osera se lever pour dire le contraire et sans rire? Monsieur Chapleau peut-être du « head office » de Lévis-Montréal?

J’invite les journalistes sérieux à fouiller ce qui se passe aujourd’hui au paradis de la financière coopérative Desjardins.