Angela Merkel et François Hollande à Reims le 8 juillet 2012

On peut tourner le problème dans tous les sens, la qualité de la relation franco-allemande passe par un rééquilibrage de puissance entre les deux pays. L’un est trop faible, l’autre trop fort et cela fausse tout.
Cinquante ans après la signature du traité de l’Elysée qui scella la réconciliation entre les deux pays, la méfiance saute aux yeux. Les Français, rongés par les déficits et le chômage, ont tendance à considérer l’Allemagne comme une puissance hégémonique et égoïste.
Les Allemands, en retour, nous prennent pour des donneurs de leçon pas très sérieux. Et cela freine de facto tout progrès dans la construction européenne.
Le risque d’enlisement est d’autant plus grand que l’idée européenne régresse dans tout l’Hexagone et singulièrement à gauche où, par crainte de rallumer la querelle dévastatrice du référendum de 2005, François Hollande reste d’une extrême prudence dans son dessein européen.
A dire vrai, le président français n’en formule guère pour le moment. Il refuse le fédéralisme, veut bien consolider la zone euro puis lui adjoindre une Europe des cercles dans laquelle les pays seraient libres de coopérer sur telle politique mais pas sur toutes. C’est réaliste mais pas enthousiasmant du tout.
Pour pouvoir progresser, il doit d’abord redonner confiance au pays. Le réindustrialiser comme il l’a promis. Après tout, il n’y a pas de fatalité au décrochage français : entre 1960 et 2000, les économies française et allemande progressaient de façon assez convergente.
Puis l’Allemagne a creusé l’écart en adoptant en 2003 l’agenda Schröder, une série de réformes structurelles visant à consolider l’offre et à fluidifier le marché du travail. Le résultat : 160 milliards d’excédent commercial en 2011 contre 77 milliards de déficit en France.
L’alerte a été prise au sérieux. Aujourd’hui, la France s’aligne mais à sa façon et à son rythme : François Hollande a commencé par refuser le projet de TVA sociale défendu par Nicolas Sarkozy qui consistait à augmenter de 2,6 points le taux normal en échange d’une baisses de charges pour les entreprises.
Puis il a élaboré son propre choc de compétitivité en faisant adopter un crédit d’impôt de 20 milliards d’euros pour les entreprises financé par de la TVA. Dans la foulée est venu l’accord sur la flexisécurité conclu entre le patronat et trois syndicats, le premier du genre. Et encore toute une série de dispositions destinées à soutenir les PME.
La politique de l’offre est en marche. Les résultats prendront du temps mais la convergence est en route. Y compris du côté de l’Allemagne qui, souffrant du vieillissement de sa population, va être progressivement confrontée à des difficultés liées au financement des retraites et au rétrécissement de la main-d’œuvre industrielle.
Il ne faut pas désespérer de l’amitié franco- allemande. (…)
Sources from Françoise Fressoz