A l’issue de la rencontre entre Eric Schmidt (président exécutif du conseil d’administration de Google) et François Hollande le 1er février dernier, un fonds de 60 millions d’euros a été crée. Mais à qui profitera-t-il et quelles en seront les conséquences ?

Depuis plus de trois mois, les éditeurs de presse – regroupés au sein de l’IPG (association de la presse d’information politique et générale) – et le géant des moteurs de recherche Google étaient en guerre. L’IPG réclamait l’instauration d’un nouveau droit « voisin » du droit d’auteur. La plateforme Google News, en référençant le contenu des sites d’informations, générait du trafic et donc des revenus publicitaires, dont les éditeurs de presse ne percevaient aucune part. Dans un entretien au New York Times début novembre, le big boss de Google affirmait : « Nous ne voulons pas payer pour un contenu que nous n’hébergeons pas. » La guerre était alors déclarée.

Google et la presse française multimédia enfin réconciliés. Image : V.V.

Google et la presse française multimédia enfin réconciliés. Image : V.V.

Après trois mois de négociations, un accord a finalement été trouvé entre les éditeurs de presse français et le moteur de recherche : la création d’un fonds d’aide à la transition numérique. Doté de 60 millions d’euros, il servira à financer de nouveaux projets. Il concerne uniquement la presse d’information générale et politique. Selon le porte-parole de Google, ce fonds « sélectionnera des initiatives prometteuses qui permettront de faire émerger en ligne de nouveaux contenus digitaux. »

La diversion des 60 millions d’euros

Pour les détracteurs de Google, ces 60 millions sont bien peu comparés à son chiffre d’affaire estimé dans l’Hexagone entre 1,25 et 1,4 milliards d’euros par an. Mais ce n’est pas la seule interrogation que ce fonds soulève. Bien que l’Etat français se soit engagé à ne pas réduire ses aides à la presse, l’instauration de ce fonds dirigé par les représentants de Google pose la question de la liberté de pensée sur Internet. Les « lauréats » qui auront la chance d’en bénéficier devront nécessairement se conformer aux exigences de Google. Pour le groupe, cela pourrait être une occasion d’affirmer son hégémonie sur Internet en exerçant un certain contrôle sur les nouveaux arrivants français sur le web.

De plus, ce financement apparaît aux yeux de certains comme une stratégie pour se dédouaner des impératifs fiscaux sur le territoire français. Reste à voir si l’avenir donnera raison aux détracteurs.

Yema Lumumba

Victor Vasseur