Les Français mangent 80 millions de grenouilles (des paires de cuisses) par an, on comprend donc qu’il n’y en ait plus une seule dans les étangs de Brière, des Dombes ou du marais Poitevin. D’ailleurs la capture de grenouilles à des fins commerciales est interdite en France depuis 1980 car on s’est rendu compte que l’appauvrissement d’un biotope en grenouilles voyait une prolifération d’insectes et d’autres créatures semi-aquatiques souvent nuisibles. Qu’à cela ne tienne, pour assouvir leur soif de grenouilles, les Français les importent d’autres pays, ce fut en son temps la Hongrie qui exportait ces charmants batraciens vers l’Hexagone, puis quand la population fut décimée, on se tourna vers l’Inde, puis le Bangladesh, mais même causes mêmes effets, rapide disparition des grenouilles et perturbation de l’environnement, surtout dans les rizières. C’est maintenant l’Indonésie qui a pris le relais, un pays où la religion n’interdit pas complètement la grenouille comme aliment « haram » c’est-à-dire interdit de consommation selon le Coran. En fait c’est surtout la minorité locale d’origine chinoise qui se délecte des cuisses du batracien.

Et aujourd’hui, l’Indonésie est le premier exportateur de grenouilles du monde, essentiellement vers l’Europe, ou plutôt la France et le business est lucratif, très lucratif. Si l’on compare le revenu d’un pêcheur de grenouilles de la région de Bogor, jusqu’à un demi million de roupies par jour, soit une quarantaine d’euros, cela représente plus de six fois le salaire minimum pratiqué à Jakarta. Les pêcheurs de grenouilles ne se plaignent pas, du moins pour le moment, car comme en France, en Hongrie, en Inde et au Bangladesh, dans peu d’années, la raréfaction des grenouilles se fera sentir, les sangsues proliféreront ainsi que les tiques et toutes sortes de vers parasites, les rizières deviendront alors dangereuses voire impraticables, la capture des batraciens sera interdite et il faudra que les importateurs français trouvent un autre pays pour approvisionner les restaurants de luxe de Paris car au rythme actuel des captures, il n’y en plus pour très longtemps. Les écolos, en mal d’inspiration, pourraient décider d’interdire la consommation de grenouilles en France pour ne pas menacer les biotopes aquatiques d’Indonésie, mais c’est certainement trop leur demander.

Source : AFP