Il est 5 heures 30 du matin. Je n’ai dormi que trois heures à peine et viens de passer la dernière heure à lire une nouvelle de circonstances.

Sommeil, Haruki Murakami

Cette longue nouvelle n’est sans doute pas le plus beau texte de Murakami. Néanmoins, en le lisant, j’ai une fois encore eu l’étrange impression que ce livre m’était tout particulièrement destiné, et c’est à cela, je pense, que l’on reconnaît les grands auteurs.

Sommeil évoque les dix-sept nuits sans sommeil d’une jeune trentenaire. Je pourrais me contenter de cette unique phrase pour résumer ce court texte. Seulement, comme d’habitude, il est impossible de résumer Murakami.

Nous voici donc aux côtés de cette femme dont nous ne connaîtrons pas le nom. Elle mène une vie bien rangée de femme au foyer, occupant ses journées à la préparation des repas pour son mari, dentiste, et son fils, à faire le ménage et les courses. Une nuit, elle se réveille après un cauchemar dont elle ne conserve pas de souvenir si ce n’est une sinistre impression. Juste après, elle est victime d’une sorte d’hallucination, d’une vision terrifiante entre rêve et réalité comme sait si bien les créer Murakami. Un vieillard est au bout de son lit, en face d’elle, et lui arrose les pieds. Elle semble consciente mais lorsqu’elle cherche à allumer l’interrupteur, elle se rend compte qu’elle ne peut faire aucun mouvement. Son cri d’angoisse restera enfermé dans sa gorge. Trempée de sueur et bouleversée par ce dernier rêve qui ressemblait si étrangement à la réalité, elle se lève.

A partir de là, elle ne dormira plus. A partir de ce moment, elle passera ses journées et ses nuits à relire Anna Karénine, le roman-fleuve de Tolstoï. Peu à peu, elle prend conscience de la valeur de son esprit et décide de profiter intensément du temps supplémentaire accordé par ces étranges insomnies.

Inutile d’en raconter davantage, j’en ai sans doute déjà bien trop dit. Dans un style épuré, Murakami nous plonge une nouvelle fois au cœur de la nuit qui semble être une immense source d’inspiration pour lui vu la présence considérable qu’elle occupe dans l’ensemble de son œuvre.

Ce texte envoûtant et énigmatique, superbement illustré par Kat Menschik, se lit donc très facilement. Je regretterai simplement une fin un peu trop rapide à mon goût.