Mardi 17 avril: Traversée des Alpes japonaises

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Lever à 6h30 : nous allons traverser les Alpes japonaises. Mon sommeil se régularise, mon corps s’adapte au nouvel horaire. Petit déjeuner à la japonaise avec du riz, du thé vert, des dim sums (chaussons farcis à la viande de porc et cuits à la vapeur), des plats de légumes, d’algues ou de poissons, cela me ravit. L’absence de pain s’avère bénéfique pour mon organisme.

A 8h, nous embarquons dans notre minibus géant et quittons la vallée de Hakone. Nous roulons en direction du massif montagneux créé par plusieurs volcans (Mont Soun-zan, Mont Kami). Peu à peu, la végétation change, les arbres et la verdure font place à des arbrisseaux rabougris luttant pour leur survie entre des roches noires.

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Nous allons visiter la Vallée des grands bouillonnements à Owakudani, au pied du volcan Soun. Je situe l’altitude du parking où nous laissons notre moyen de transport à 1200 mètres au-dessus du niveau de la mer. De là, nous empruntons un sentier qui s’élève encore entre végétation, roches et fumerolles. Le ciel est couvert, il fait très humide et l’air est oppressant, se parfumant peu à peu d’une odeur de soufre.

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Pour moi, cette montée de grand matin est une épreuve physique. Je règle ma respiration, contrôle mon rythme cardiaque comme je le fais lors de mes séances de power-training. Les grimpeurs chevronnés me dépassent mais peu m’importe. L’environnement est fascinant, on se sent ici sur le territoire d’une nature qui nous dépasse, la force du globe terrestre se montre de la manière la plus violente dans les phénomènes volcaniques comme dans les séismes. Le Japon connait ces deux démonstrations magistrales.

Je grimpe et soudain je me trouve environné d’une brume tenace, humide et odorante : l’odeur de l’œuf pourri.

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Des œufs, il y en a en effet. Sur une sorte de terrasse, est bâtie une aubette qui vend des œufs cuits dans une mare bouillonnante dont la température atteint 80°C.

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Les coquilles, sous l’action du soufre deviennent noires. Ces œufs, appelés Œufs de sept ans, ont le pouvoir d’allonger la vie de ceux qui les mangent de sept années supplémentaires. C’est un véritable rituel que de s’asseoir autour des tables installées là pour casser les coquilles et absorber un ou plusieurs spécimens noircis.

Au milieu des touristes affairés, des odeurs prenantes, du préposé qui plonge les paniers d’œufs dans la mare brûlante, se tient un chat blanc et roux qui profite à la fois de la chaleur et des fragments de blanc ou de jaune que lui jettent les pique-niqueurs. Bel opportunisme !

Au Japon, le chat (neko) jouit d’un statut particulier : il est quasi divinisé. Les félins que j’ai rencontrés faisaient preuve d’une sociabilité remarquable ainsi que d’une confiance détendue que nous ne connaissons pas en Europe. Il y a d’ailleurs à Tokyo, plusieurs cat-cafés où, pour une somme coquette, les personnes stressées peuvent venir caresser un des pensionnaires de l’établissement. Le contact avec un chat a des effets calmants. Il y a aussi une formule d’abonnement pour les thérapies à long terme. Je n’ai pas demandé si la mutuelle intervenait. Un concept intéressant à transposer en Europe.

A l’issue de notre visite, nous reprenons la route. Nous quittons le Kanto pour entrer dans la province du Chûbu. L’autoroute serpente au milieu d’une plaine verdoyante cernée par des montagnes abruptes. Partout fleurissent les cerisiers faisant des taches blanches au milieu d’arbres n’ayant pas encore leurs feuilles. Le contraste des couleurs est radical.

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Nous prenons le repas de midi en cours de route et nous nous dirigeons ensuite vers le château de Matsumoto construit au 16ème siècle.

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Nous rentrons de plein pied dans l’histoire du Japon féodal avec ses luttes de pouvoir entre familles de shoguns. Ceux-ci employaient des guerriers, les samouraïs, qui avaient fait vœux d’allégeance à leur maître. La fidélité à la parole donnée est un des thèmes principaux des histoires de samouraïs. Une littérature abondante a fleuri, au théâtre comme dans le roman, autour de ces chevaliers et de leurs faits d’armes.

De Matsumoto, nous ne visiterons que le donjon à six niveaux datant de 1593. Pour la visite, il faut laisser ses chaussures à l’entrée. Ici, tout est en bois et les escaliers s’avèrent très raides.

De l’extérieur, un des six niveaux est invisible. C’est là que se cachaient les soldats en cas d’attaques pour pouvoir lancer toutes sortes de projectiles sans risquer la riposte des adversaires. Evidemment, lorsque le donjon était pris, il n’y avait aucun moyen de fuir, il ne leur restait plus qu’à se suicider.

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A chaque niveau sont installées des vitrines contenant des armes, des objets usuels, des cartes et autres souvenirs. C’est surtout l’architecture intérieure du bâtiment qui retient mon attention. Le travail de menuiserie y est tout à fait remarquable. Tout est en bois, avec des tenons. Un très beau travail.

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Après la visite, je parcours l’esplanade autour du château, fais le tour des douves où nagent des carpes colorées.

Nous remontons dans le car pour entamer la traversée des Alpes japonaises. Bien nommées puisque le paysage ressemble aux Alpes européennes avec des sommets à plus de 2000m, des tunnels, des lacs et des barrages, de la neige en abondance. Mes yeux se réjouissent à ce spectacle.

En arrivant dans les faubourgs de notre halte du soir, je découvre au bord de la route un drive-in insolite : un dog wash.

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La petite ville de Takayama est située à 60 km à l’ouest de Matsumoto. Elle recèle quelques témoignages de l’architecture civile du 17ème siècle. Pour l’heure, le soir est tombé et le programme de la journée est terminé. Nous nous installons dans un hôtel moderne. Le repas du soir est un dîner « à la française » que je trouve insatisfaisant. Tandis que les autres membres du groupe commandent du vin français, je décide de goûter le vin chinois. On m’apporte une tasse en verre avec sucre et citron. Je renifle, c’est chaud et la couleur est celle du miel. J’y trempe mes lèvres : affreux, une saveur de médicament. Ce sont les joies de l’expérimentation.

A suivre…