Être un artiste politique

Qui a dit que faire de la politique et être député était un métier ingrat? Celle ou celui qui a fait cette célèbre réflexion était certes une personne éprouvée par la vie et dont la maturité prenait péniblement du galon. La pertinence de la sage conclusion fut encore une fois démontrée cette semaine (22 septembre 2012) en Mauricie au Québec.

Une députée péquiste d’un comté provincial du Québec s’est montrée grandement offusquée qu’il n’y ait pas eu un député (ou une députée…), des régions mauricienne et du Centre-du-Québec, nommé ministre dans le nouveau gouvernement de Pauline Marois, chef du parti Québécois. Les déclarations emportées de la députée péquiste pouvaient facilement être qualifiées d’insubordinations envers la première ministre du Québec, sa propre chef de parti. La députée a bien essayé de nous faire croire que les régions de la Mauricie et celle du Centre-du-Québec devaient avoir un ministre pour représenter ces régions; même les élus municipaux des villes de Trois-Rivières et de Shawinigan (maires et présidents de chambre de commerce) ont embarqué dans le concert d’insultes et d’injures envers la première ministre du Québec : pour toutes ces personnes, les régions sus-mentionnées ne devaient et ne pouvaient pas rester orphelines au conseil des ministres du gouvernement du Québec.

Mais qu’est-ce donc un ministre? Est-ce une récompense, ou est-ce recevoir des responsabilités de calibre provinciales, hautement exigeantes?

J’ai toujours pensé qu’être ministre, c’était recevoir un mandat aux défis financiers et humains difficiles, c’était de gérer des dossiers qui devaient répondre à la multitude, en recherchant les intérêts supérieurs du Québec tout entier où nous vivons, et ce, pour les générations actuelles et futures.

Bien évidemment, être député n’est pas un emploi égocentrique et narcissique; mais être député-ministre l’est encore beaucoup moins! Être politicien, c’est être au service du peuple, de la population, de tous les gens et ce, peu importe les allégeances et les convictions de chacune et chacun; être un politicien ministre recule les frontières régionales jusqu’aux frontières nationales.

Oui, vous lisez là un texte d’une certaine naïveté; il y a bien évidemment les mafias et tous les lobbys qui mènent le monde; c’est comme le sexe, la violence et l’argent: il y a les émotions et les basses velléités humaines. Freud nous a bien instruits sur l’irrationalité de l’être humain. Alors que pouvons-nous faire devant autant de réactions intempestives et incongrues de la part de nos dirigeants et de cette députée péquiste? Chose certaine, la députée de la Mauricie s’est elle-même disqualifiée pour le calibre ministériel par ses malencontreuses paroles colériques.

Être un artiste de la politique pourrait se confronter aux machiavéliques gestionnaires du pouvoir; mais alors, il faut y mettre du temps, de la foi, de la résilience et oserais dire, de l’abnégation avec le grand « A ». Être député n’est pas un emploi où le « Ça m’est dû » ou le « Ça nous est dû » doit primer; c’est justement tout le contraire! Être député (une ou un élu), n’est-ce pas une vocation, une mission, un engagement envers l’autre, envers tous les autres, et ce, bien au-delà des attentes purement personnelles? Être un artiste de la politique, n’est-ce pas un métier où il faut rendre à la communauté les talents que la nature nous a pourvus, et ce, au bénéfice des citoyens d’abord?

Faire de la politique devrait être vu comme un art à bien maîtriser. Rien de moins.