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Il se nommait Djarmal Chaab…

Pour ceux qui douteraient encore de l’extrême gravité  de la guerre sociale en cours et de ses symptômes avant coureurs tels qu’on a pu les observer récemment, il me suffira de mettre en liens  toute une série d’événements qui l’illustrent à mon sens. A moins que celui-ci ne soit perverti par quelque maladie mentale ou autre pathologie psychique que j’ignorerais encore au moment où j’écris ces lignes. Mais comme pour des raisons personnelles, j’ai voulu en avoir rapidement le cœur net, je me suis déjà fait confirmer par des avis autorisés que tel n’était pas le cas… Mais on n’est pas là pour parler de moi.

S’il fallait dater précisément ce que j’appelle une guerre du feu, le premier acte fondateur qui pourrait être à l’origine de cette réflexion personnelle fût celui de cet employé de France Télécoms qui s’est immolé sur le parking de son établissement. Il y en eut bien d ‘autres depuis, comme l’histoire l’a prouvé, notamment celle de France Télécoms, dont on connait à présent les curieuses méthodes de management par le vide, pour s’économiser les frais de plans sociaux trop onéreux. La terreur, le chantage à l’emploi, les mutations brutales sur des postes sans intérêt ou qui ne correspondent pas aux qualifications de leurs victimes sont bien plus efficaces pour dégraisser massivement. Qui voudrait me prouver le contraire aura intérêt à produire de sérieux arguments référencés, je connais bien le dossier. De quoi qualifier ce qui se trame de véritable guerre, quand bien même ne serait-elle que psychologique, elle fait des morts, indubitablement.

Vient ensuite dans cette chaîne argumentaire le processus de criminalisation du mouvement social (souvenons nous de la manière dont on a réduit au silence #OccupyFrance) et des luttes syndicales qui est à  l’œuvre sous nos yeux actuellement. Comment, j’exagère ? Ah bon, l’oeil perdu de ce mineur belge de Mittal à Strasbourg pèserait donc si peu dans la balance de votre jugement ? C’est d’autant plus paradoxal que cette démarche anti-syndicale poursuit son bonhomme de chemin dans les mêmes termes et avec la même pression, voire davantage,  sous ce gouvernement de gauche que sous le précédent, réputé pourtant plus attentatoire aux libertés fondamentales. Il suffira de dire pour le prouver, bien que ce phénomène n’ait pas de lien direct avec le thème que l’on évoque ici, que la chasse aux roms et aux étrangers en général ne s’est jamais si bien portée que sous Hollande, grâce à son Monsieur Loyal dont on connait le sens particulier de l’humanisme. Que n’aurait-on dit (et quand je dis on, je pense notamment aux blogueurs de gouvernement) si le gouvernement sarkozyste avait commis les mêmes erreurs ! Et  pourtant, bien loin de moi l’idée de défendre sa cause… Mais je constate simplement, par delà la responsabilité directe de ce gouvernement quant à l’action syndicale, son inaction indirecte : alors que le climat social n’a jamais été aussi explosif, comme le souligne d’ailleurs une certaine note des services de renseignement intérieurs français à Valls, qui évoque clairement des risques d’implosion sociale, et que l’action syndicale n’a jamais été autant sous pression ces dernières années, que fait ce gouvernement de gauche pour protéger davantage les courageux qui s ‘y aventurent encore ? Et ce n’est pas la récente (petite) victoire des contis qui me démentira. Le présent, c’est maintenant. Et l’on sait à quel point les syndicats ont mauvaise presse aujorud’hui, et sont désignés à la vindicte populaire sous prétexte de maintien de l’emploi et de pragmatisme économique… Un pragmatisme qui met pourtant en danger l’ensemble de notre société, et refuse de considérer la notion de licenciements boursiers, pourtant bien réelle. Et destructrice.

Autre fait divers qui n’est pas à mes yeux une simple anecdote, cette affaire qui vient de donner raison à une salariée du groupe Carrefour, déléguée CGT,  qui me semble significative d’un certain mode de management par la terreur dans notre beau pays jugé par certains comme une perle de démocratie. Il suffira de dire ici que cette caissière a tenté de suicider car elle n’avait pas d’autre réponse possible à opposer à une direction qui l’a contrainte par son attitude d’un autre âge à cette funeste extrémité, en la contraignant de surcroît au silence. La communication entre salariés est en effet une arme qu’il convient de briser, comme tout un chacun peut s’en rendre compte dans son propre environnement de travail, quant la situation est conflictuelle. Et ce sont les salariés syndiqués, et à fortiori ceux qui ont un rôle représentatif, encore plus quand il s’agit d’un syndicat combattif, qui en font les frais, sur la ligne de front du combat social. J’en sais quelque chose… Serait-ce pour cette raison qu’ils sont encore plus aujourd’hui qu’hier montrés du doigt ? Parce que les attentes sociales, de défense des salariés,  sont d’autant plus grandes que le combat est devenu  inégal, l’emploi se raréfiant ?  Et la guerre en passe d’être gagnée par les employeurs, comme le démontre assez la facilité avec laquelle le gouvernement accepte un accord de flexibilité unilatéral aussi régressif, en France ?

Tout cela pour faire passer le message que, sur le front de l’emploi, que ce soit de l’un ou l’autre des côtés de la barrière,  de celui du quotidien d’un salarié, d’un fonctionnaire, d’un syndicaliste ou d’un chômeur¹, nous sommes en train d’assister à une guerre qui fait rage et compte bon nombre de victimes qu’il convient de ne pas ignorer, ou de renvoyer à leur propre solitude, pour en faire un combat qui nous concerne tous. Car il n’est pas normal de voir des gens bruler sans réagir. Ailleurs, je le dis et le répète, des émeutes ont éclaté pour moins que cela. Serions nous moins courageux ? Aussi, un réel mouvement de transformation sociétale est urgent et nécessaire, indispensable, loin de la timidité inefficace d’un Hollande et autres réformateurs pusillanimes, sous peine de voir encore bien des gens n’avoir pour seule issue que de mettre fin à leur jour, faute de réponse collective. Est-ce cela que nous voulons, vraiment ?

Urgent, agir.

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¹ Chômeurs qui, loin de l’image de l’assistanat véhiculé par des âmes complaisantes et coupables d’intelligence avec l’ennemi, tentent de s’en sortir et de lutter vaillamment pied à pied, dans l’obscurité,  sous le joug des contraintes et des tracas administratifs kafkaïens, contre la misère et l’adversité pour retrouver la dignité qu’on leur refuse tout en les stigmatisant…

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