Birkenau

Ce mardi, c’est avec Sami que j’ai participé à un nouveau voyage de la mémoire à Auschwitz organisé par le Conseil Général 06 pour les collégiens du département. Une fois de plus impeccablement organisé par Eric Goldinger et son équipe, ce long périple (une journée) fut au sens vrai du terme mémorable.

C’est que depuis 2004, ces voyages qui sont l’honneur de la collectivité dont je suis l’élu sont devenus familiers aux jeunes de notre département. En effet, rares sont les familles qui n’ont pas été concernées par ces parenthèses de la Mémoire tellement nécessaires à une époque si oublieuse de son Histoire.

Il s’agissait d’accompagner une délégation de mon cher collège Vernier, encadrée par Béatrice Partenza et un jeune couple de professeurs, Elodie et Rémi Bellier (Bon sang ! Mais pourquoi n’ai-je jamais eu des profs comme ça quand j’étais petit ?)

Collégiens de Vernier, BirkenauGwendoline, Séliska, Mariem (de Tunisie), Mohamed, Marie, Théo, Samuel, Esther, Sarah, Sébastien, Julie, Samy, Mehmed (de Sarajevo), Shaïma et Cristiano (de Guinée-Bissau) ont été à la hauteur de l’événement.

Tout d’abord intrigués et curieux, ils ont su, petit à petit, faire une place de plus en plus grande à l’émotion au fur et à mesure que nous progressions à travers les espaces glacés de Birkenau et les sinistres bâtiments de briques de Auschwitz 1.

Pour ma part, comme à chacun des nombreux voyages que j’ai effectué en terre polonaise, la complicité presque apaisée qui m’unit aux victimes de ces lieux s’est trouvée renforcée.

Ainsi, cette rencontre devenue rituelle avec la jeune femme au verre de vin. Dans l’un des rares bâtiments préservés de Birkenau, on a, sur un mur, exposé des dizaines de photographies de famille trouvées dans une valise à la libération des camps. Il s’agit de Juifs polonais, probablement originaires de la région de Sosnowiec en Silésie, photographiés avant l’occupation allemande ou juste au début de celle-ci (on peut voir quelques étoiles jaunes). Ce sont des photographies familiales banales comme nous en avons tous dans nos albums en noir et blanc. L’expression de ce bonheur tranquille juste avant la plongée dans l’indicible est poignante.

Parmi les photos, je suis à chaque fois fasciné par celle d’une jeune femme avec un chapeau à voilette (une mariée ? une demoiselle d’honneur ?) accompagnée d’un homme discret (son époux ? un parent ?). Avec un sourire plein de douceur, elle porte un toast avec un verre de vin rouge. Au visiteur d’imaginer que ce geste d’optimisme tourné par l’avenir est en fait un adieu. Une fois de plus, j’ai imaginé.

Patrick Mottard - Birkenau