Il y a quelques jours, dans une petite ville des Marches, région du centre-sud sur l’Adriatique, même pas encore une des régions les plus pauvres, un couple de retraités s’est suicidé. Rien. Simple chronique ordinaire du pays en crise, il s’en suicide tous les jours, des retraités qui ne peuvent plus joindre les deux bouts avec les diminutions des retraites, des petits entrepreneurs criblés de dettes, ponctionnées par les taxes quand l’État ne leur payent pas les commandes qu’il leur a passé. Le pays est en récession, à -2,2% du PNB, le taux de chômage global à 11%, des milliers de petites entreprises, celles qui précisément en Italie sont les premières sources d’emploi, ferment pas milliers tous les jours… 3 millions de familles ont perdu leur maison, dorment dehors dans leur voiture, la seule chose qui leur reste, ont mis leurs enfants chez les grands parents, et sont hébergés chez les autres beaux-parents ou chez des amis, momentanément.

Ce fait divers avait de particulier que la femme avait une retraite minuscule de 500-600 € par mois, et lui, maçon à son compte qui avait travaillé jusqu’au dernier carat se voyait réclamer quelques 20 000 € par le fisc alors que d’une part sa retraite ne lui était pas versée, l’entreprise qui l’avait employé avant qu’il ne se mette à son compte ayant fait faillite ne l’avait jamais payé et des annuités lui manquait, bref toute une embrouille  coutumière ici. Ils ne savait plus comment faire face, ils sont allés se pendre ensemble dans leur garage après avoir laissé un billet d’adieu sur la table de la cuisine. Le frère de la femme qui les a retrouvés pendus, pris d’un accès de désespoir, pauvre lui aussi, est allé se jeter dans la mer, et il est mort également.

Toute la ville a suivi le cortège funèbre, les habitants  ayant évidemment été choqués par l’évènement, en ce qu’il est emblématique de la situation de leur ville où nombre de gens devenus indigents ont honte de leur pauvreté, honte de demander de l’aide, d’autres ne percevant que 500 € de retraite par mois et payant autant de loyer vivent sans chauffage, sans électricité, mangent et s’habillent à la Caritas, ou autres organisation caritatives, ils n’attendent de toutes façon rien de l’État.

La nouvelle présidente de la chambre des députés, ancienne porte-parole du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, originaire des Marches, Laura Boldrini, est donc allée porter la bonne parole de l’État dans la petite ville, où elle a été fraîchement reçue.

Le cortège funèbre avait dégénéré en manifestation lors de son arrivée, et les actualités télévisées interviouvaient des proches des suicidés, des manifestants en colère. Il en ressortait que la municipalité avait trouvé de l’argent pour loger des roms et je ne sais quels autres migrants réfugiés, mais n’en trouvait pas pour aider ses habitants.

Laura Boldrini, bonne fille prodigue, si pleine de Bonté Bonne pleine d’humanitariste idéalisme humanitaire, a dit après coup dans un laïus de circonstance très sincère et plein d’émoi, la grande chérie si jolie et si bien conservée pour ses 52 piges (ça conserve bien les hauts postes administratifs de l’ONU ou d’ailleurs), qu’elle « ne savait pas que la situation en Italie était si grave, à ce point là, et qu’il fallait être proche des gens » et patati et patata.

Je n’ai pas pu m’empêcher de partir d’un éclat de rire féroce, cynique et méprisant en l’entendant parler.