Cet article se propose de disserter sur le paradoxe Paillon.

De quoi s’agit-il?

Pour chaque conseil municipal ayant pour thème les finances locales (débat d’orientation budgétaire, budget, compte administratif), Jean Emmanuel Paillon, élu divers centre de l’opposition, met en avant ce qu’il qualifie maintenant comme un paradoxe:

Alors que toutes les compétences de la ville sont transférées à Sud de Seine (l’intercommunalité regroupant Malakoff, Fontenay-aux-Roses, Bagneux et Clamart), Malakoff se retrouve toujours avec des dépenses de personnels importantes.

Jean Emmanuel Paillon ne comprend pas ce paradoxe. Ou plutôt, il fait exprès de ne pas le comprendre. Et pour ma part, je crois qu’il a raison de faire exprès de ne pas comprendre.
S’en suit à chaque fois un dialogue de sourd entre la municipalité et Jean Emmanuel Paillon.

Exemple concret, que j’ai mis en avant lors de la dernière réunion de la CDD, que j’ai mis en avant lors de l’atelier se déplacer, et passé inaperçu aux yeux de l’opposition lors du conseil municipal: la ville va imprimer un fascicule sur le développement durable. Ce fascicule est payé par la ville.

Or, le développement durable n’est plus une compétence de la ville de Malakoff. C’est une compétence de l’agglomération. Il est donc opportun de se demander si ce n’est pas Sud de Seine qui devrait financer ce fascicule et non pas la ville.

 

Je vais faire un parallèle avec l’informatique pour bien faire sentir que le paradoxe Paillon est une chose importante.

J’invite le lecteur également à réfléchir à un autre problème de ce type en regardant le fonctionnement du pôle emploi.

Dans l’informatique, selon le cours d’UML de developpez.com, on a les chiffres suivants:

  • 16,2% seulement des projets étaient conformes aux prévisions initiales
  • 52,7% avaient subi des dépassements en coût et délai d’un facteur 2 à 3 avec diminution du nombre des fonctions offertes
  • 31,1% ont été purement abandonnés durant leur développement

Pourquoi a-t-on ces chiffres?

Cela est dû à la façon dont est conçu et organisé le projet (dont une version humoristique est ici).

Le problème est qu’en général, les besoins ne sont pas analysés, que le cahier des charges n’est pas complet, que le modèle de la base de donnée n’est pas réfléchi au mieux…

Je rappelle que le changement de structure d’une base de donnée se répercute ailleurs, cela a donc un coût financier.

Conclusion: par une mauvaise organisation initiale, le projet prend du retard en temps et évidement en coût.

Ne rigolez pas, dans la boite ou je travaillais avant, il y avait un projet en C# où le client changeait d’avis au moins une fois par jour.

Du coup, elle s’étonnait d’un dépassement coût.

En résumé, comme le dit avec humour l’excellent livre sur Maven, le document de spécificité d’un projet informatique ressemble à ça:

maven 001

Si une véritable réflexion d’ensemble sur les besoins du client, l’organisation de la donnée et les spécifications techniques avaient lieu, le projet partirait sur de meilleures bases.

Il ne déraperait pas en coût et en temps avec un facteur 2 ou 3.

C’est idem pour un service public.

Les économies  sur un service public ne se font pas en parlant d’abord des moyens, mais en ayant une réflexion sur l’organisation du dit-service public, sur son objectif, sur les besoins des usagers et sur la façon de rendre au mieux le service qui va être dispensé.

Peut-être que si on prend par exemple l’école, faire une école de qualité couterait plus chère.

Mais en réalité, il y aurait des économies financières et sociales derrière.

Il y aurait des économies sur le pôle emploi, la justice, la police (car on préfèrerait la responsabilité de l’individu à la peur du gendarme), le RSA…

C’est de ce point de vue qu’il faut regarder le paradoxe Paillon.

La ville de Malakoff transfert toutes ses compétences à Sud de Seine.

L’objectif est donc de réorganiser les services publics, rendus à la population, de sorte à ce qu’ils soient moins chers et plus efficaces.

Transférer une compétence à l’agglomération, c’est réorganiser pour avoir un service public plus efficace et à moindre coût.

L’objectif est de faire des économies d’échelle.

Après tout, que le service public soit rendu par la ville ou l’agglomération Sud de Seine, ce n’est pas important.

Ce qui est important, c’est qu’il soit rendu, avec qualité, et si possible au moindre coût.

Or, si la ville transfert des compétences à Sud de Seine, le financement doit dépendre de Sud de Seine.

Comme les transferts sont sensés se faire avec le personnel, on est sensé transférer le salaire à Sud de Seine.

Du coup, Malakoff est sensé avoir moins de dépenses de fonctionnement, et même récupérer de l’autofinancement ou de dégager des moyens pour d’autres services publics.

Exemple que j’ai mis en avant hier sur l’atelier se déplacer.

On parlait du manque de verbalisation des automobilistes qui se garaient n’importe comment.

C’est du rôle de la garde urbaine de verbaliser.

Si les transferts sur Sud de Seine étaient intelligents, la ville dégagerait des moyens grâce à ces dit-transferts, et pourrait engager un peu plus de gardes urbains afin de mieux verbaliser.

 

Au final, si Sud de Seine récupère pleins de compétences, et qu’au final, il n’y a pas d’économies sur les dépenses de fonctionnement de la ville, se pose la question de savoir à quoi sert Sud de Seine.

Il apparait donc que Sud de Seine est un nouveau mille-feuille qui vit sur le dos des contribuables.

C’est d’ailleurs ce que dit le député (apparenté PS) Dosière et le ministre du budget Jérôme Cahuzac.