Politologue, Dr. Lawrence Britt qui a étudié sur les régimes fascistes parus en XXème siècle « (d’Hitler (Allemagne), Mussolini (Italie), Franco (Espagne), Suharto (Indonésie), et Pinochet (Chili) » a trouvé qu’ils avaient 14 éléments en commun. En relisant cet article paru à la politique du magazine  »Free inqury » (http://www.secularhumanism.org/index.php?page=britt_23_2&section=library ), cela m’a rappelé la situation actuelle en Turquie. À peu de chose près, le climat politique turc correspond aux éléments définis par Lawrence Britt.

Dans ce texte, j’essaie d’analyser la politique turque à la lumière de l’étude de Lawrence Britt.

 1. Un nationalisme puissant et constant :

C’est évident que les régimes fascistes utilisent sans arrêt des slogans, symboles et chants patriotiques. Les symboles de drapeaux sont affichés dans tous les lieux publics. Partout, on peut voir des drapeaux, des slogans accrocheurs, la fierté de l’armée et les exigences pour l’unité des thèmes communs dans l’expression de ce nationalisme.

 »Le gouvernement turc a tendance à faire employer tous les usages mentionnés ci-dessus. Il demande surtout que toute la nation s’unisse sous le même idéal pour être puissant contre les ennemis. »

2. Le mépris pour la reconnaissance des droits de la personne : 

Les régimes fascistes ont décidé que les droits de l’homme étaient de peu de valeur et un obstacle à la réalisation des objectifs de l’élite dirigeante. Grâce à l’utilisation intelligente de la propagande, la population avait tendance à accepter les abus des droits humains en les marginalisant, même en les diabolisant. Lorsque la violence était flagrante, la tactique était d’utiliser le secret, le déni, et la désinformation. Les gens ont été convaincus que les exécutions sommaires, les assassinats et les longues incarcérations de prisonniers étaient appliqués par nécessité.

 »Il est reconnu que les organisations et institutions nationales ainsi qu’internationales dénoncent qu’en Turquie, la pratique systématique de la torture, les mauvais traitements et les décès en garde à vue et en prison sont très courants. »


3. L’identification d’ennemis ou de boucs émissaires comme cause d’unité : 

Le fil le plus important en commun à ces régimes a été l’utilisation de boucs émissaires comme un moyen d’attirer l’attention du peuple des autres problèmes, de rejeter la faute des échecs et de canaliser la frustration dans des directions contrôlées. Les méthodes de choix, d’implacables propagandes et de désinformations, étaient généralement efficaces. Souvent, les régimes inciteraient des actes «spontanés» contre des boucs émissaires cibles, généralement des communistes, des socialistes, des libéraux, des juifs, des minorités ethniques et raciales, des ennemis traditionnels des membres d’autres religions, les laïques, les homosexuels, et des «terroristes». Les opposants actifs contre ces régimes ont été inévitablement étiquetés comme terroristes pour les éliminer dans frénésie patriotique.

 »Il n’y a pas un jour qui se passe en Turquie sans que s’ouvre un nouveau procès. Des milliers d’opposants sont accusés d’être membre d’une organisation terroriste, particulièrement des Kurdes, des socialistes etc. »


4. La suprématie de l’armée : 

L’armée a été perçue comme une expression du nationalisme et a été utilisée autant que possible pour affirmer les objectifs nationaux, intimider les autres nations, et augmenter ainsi la puissance et le prestige de l’élite dirigeante. Bien que les problèmes intérieurs aient été nombreux, l’armée se voyait accorder un montant disproportionné des fonds gouvernementaux alors que les programmes intérieurs étaient négligés. On valorisaient les soldats et le service armé.

 »Après avoir éliminé les opposant contre le gouvernement turc, M. Erdogan a pris le contrôle de l’armée turque. Erdogan a de nouveau désigné que les forces armées continuent d’avoir un rôle important dans la société turque. L’objection au service militaire est interdite en Turquie, où les objecteurs de conscience sont toujours passibles de sanctions pénales. Aux yeux de la majorité des Turcs et du gouvernement, l’armée est encore sacrée. Il y a quelques années, le gouvernement turc a essayé de restreindre le pouvoir de l’armée en faisant semblant d’être anti-militariste. Mais nous avons appris que le seul problème pour l’islamiste au sein de l’armée a été de l’islamiser.  »


5. Un sexisme répressif : 

Le fait était que l’élite politique et la culture nationale ont été exclusivement dominées par les hommes. Ces régimes ont inévitablement considéré les femmes comme des citoyennes de seconde. Ils étaient farouchement anti-avortement ainsi qu’homophobes. Ces attitudes étaient généralement codifiés dans des lois draconiennes qui ont bénéficié de l’appui solide de la religion orthodoxe du pays, donnant ainsi un couvercle pour les abus du régime.

 »Il n’est pas rare que les islamistes s’attaquent aux droits des femmes. Dans l’Islam, les femmes sont toujours considérées comme deuxième sexe. En 2010, Le Première ministre turc qui a i invité les représentants des organisations de femmes dans son office à Istanbul a avoué : «Je ne crois pas en l’égalité entre hommes et femmes». Le gouvernement du Premier Ministre Recep Tayyip Erdoğan a déclaré son intention de réprimer plus sévèrement les avortements et les césariennes. La Turquie étant l’un des rares pays musulmans qui permettait aux femmes des avortements et des césariennes. Actuellement, le pays est dirigé par un homme fort qui dit incessamment que « Chaque couple se doit de faire plus de 3 enfants». Il n’est pas étonnant que le gouvernement turc soit tout-à-fait homophobe, mais le fait est que la majorité des Turcs affichent souvent leur homophobie. »

6. Des médias de masse sous contrôle : 

En vertu de certains régimes, les médias étaient directement contrôlés par le gouvernement et ils ne se sont jamais écartés de la ligne du parti. D’autres régimes ont exercé un chemin différent pour contrôler les médias. Les méthodes ont été le contrôle des licences et l’accès aux ressources, les pressions économiques, les appels au patriotisme, et les menaces implicites. Les dirigeants des médias de masse étaient souvent politiquement compatibles avec l’élite au pouvoir. Et en règle générale, le résultat avait réussi à maintenir le public dans l’ignorance des excès des régimes.

 »Les organisations comme CPJ et RSF accusent Erdogan, Premier ministre de la Turquie, d’avoir lancé la plus féroce campagne contre la liberté de la presse de l’histoire contemporaine. La Turquie emprisonne le plus de journalistes dans le monde. De grands médias turcs qui n’ont pas obéi à Erdogan, sans aucun doute. »


7. Une obsession avec la sécurité nationale :

Inévitablement, un appareil de sécurité nationale était sous le contrôle direct de l’élite dirigeante. C’était généralement un instrument d’oppression, d’exploitation en secret et au-delà des contraintes. La «sécurité nationale» est utilisée par le régime comme un instrument pour motiver les masses. Questionner sur les activités du gouvernement étaient justifié comme antipatriotique, voire comme une trahison.

 »Dans le discours classique d’Erdogan, il dit souvent que «vous devez être prêts à partir en guerre à chaque instant. Si vous ne l’êtes pas, vous n’êtes pas un État.» Le langage belliqueux d’Erdogan applique la stratégie néo-ottomane de la Turquie. »

8. L’amalgame de la religion et du gouvernement :

L’élite dirigeante et la religion étaient attachés l’une à l’autre. Contrairement aux régimes communistes, les régimes fascistes et protofascistes n’ont jamais été proclamés comme impies par leurs adversaires. En fait, la plupart des régimes se sont attachés à la religion dominante du pays et ont choisi de se présenter comme les défenseurs militants de cette religion. Le fait que le comportement de l’élite dirigeante était incompatible avec les préceptes de la religion a généralement été balayé sous le tapis. Les gouvernements des nations fascistes ont tendance à utiliser la religion la plus répandue de la nation comme outil de manipulation de l’opinion publique. Les dirigeants du gouvernement font un usage courant de la rhétorique et de la terminologie religieuses.

  »Le gouvernement turc ne cache plus son intention d’islamiser le pays. Il n’a plus de place pour d’autres religions, même pour les autres confessions. La rhétorique islamique-modérée a été remplacée par fondamentalisme. »


9. La protection du pouvoir des entreprises :

Bien que la vie privée des citoyens ordinaires était sous contrôle strict, la capacité des grandes entreprises à opérer dans une relative liberté n’a pas été compromise. L’élite dirigeante a vu la structure de l’entreprise comme un moyen d’assurer non seulement la production militaire (dans les pays développés), mais aussi comme un moyen supplémentaire de contrôle social. Souvent, ce sont les membres de l’élite économique et des affaires qui a mis une nation fasciste et les dirigeants du gouvernement en place, créant ainsi une relation avantageuse entre les affaires, le gouvernement et pour l’élite du pouvoir.

 »En Turquie, le capitalisme trouve toujours un compromis avec le gouvernement. Les grandes entreprises sont invitées à venir investir en Turquie à condition qu’elles trouvent des partenaires à côté du parti au pouvoir. »


10. La suppression du pouvoir des travailleurs : 

Depuis que le mouvement syndical a été considéré comme le centre d’une puissance qui pourrait contester l’hégémonie politique de l’élite dirigeante et ses alliés d’entreprise, les syndicats ont été soit totalement supprimés, soit sévèrement écrasés pour éliminer la menace. Les pauvres ont formé une sous-classe, considérés avec suspicion ou par un mépris pur et simple. Dans certains régimes, être pauvre était considéré comme être apparenté au vice.

 »Les droits des travailleurs en Turquie sont attaqués: récemment, une nouvelle loi a encore été promulguée, qui rend illégales les grèves dans le secteur aérien. Des modifications annoncées de la législation du travail et syndicale ne respectent pas les normes fondamentales de l’OIT, ni la Charte européenne des Droits fondamentaux. »

11. Le mépris pour les intellectuels et les arts :

Les intellectuels et la liberté inhérente d’idées et d’expressions étaient associé comme une abomination pour ces régimes. La liberté intellectuelle et académique ont été considérées comme subversives contre la sécurité nationale et l’idéal patriotique. Les universités ont bien contrôlées, les facultés politiquement opposantes ont été harcelées ou éliminées. La libre expression dans les arts a été ouvertement attaquée ou écrasée. Pour ces régimes, l’art et la littérature devaient servir l’intérêt national ou  n’avaient pas le droit d’exister.

 »Le pouvoir hégémonique du gouvernement turc exerce une répression judiciaire toujours accrue sur les universitaires, chercheurs, éditeurs, étudiants et journalistes. Des vagues d’arrestations massives font régner la peur dans tous les milieux démocrates. »

12. Une obsession pour le crime et le châtiment :

La plupart de ces régimes ont maintenu des systèmes draconiens de justice pénale avec des populations carcérales énormes. Les policiers étaient souvent glorifiés et obtenaient des pouvoirs quasi illimités, conduisant à des abus effrénés. Le crime « normal » et politique a souvent été fusionné sur la base d’accusations criminelles et a été parfois utilisé contre les opposants politiques du régime. Les gens ont souvent fermé les yeux sur les abus de la police et ont même renoncé aux libertés civiles au nom du patriotisme.

 »Il est facile d’être accusé de diriger une organisation terroriste; les actes d’accusation ne font pourtant qu’inventorier des activités ordinaires de n’importe quel chercheur: déplacements scientifiques à l’étranger, conversations téléphoniques avec des journalistes, études comparatives sur différentes constitutions européennes ou articles parus dans des journaux scientifiques. »

13. Le règne du favoritisme et de la corruption :

Ceux qui se trouvaient dans les milieux d’affaires et à proximité de l’élite au pouvoir ont souvent utilisé leur position pour s’enrichir. Cette corruption a travaillé dans les deux sens; l’élite au pouvoir aurait reçu des dons financiers et des biens de l’élite économique, qui à son tour aurait eu le bénéfice de favoritisme du gouvernement. Dans les régimes fascistes, beaucoup de dirigeants au pouvoir s’approprient ou volent carrément des ressources ou même des trésors nationaux. Avec l’appareil de sécurité nationale sous contrôle et les médias muselés, cette corruption a été largement contrainte et n’a pas été bien comprise par la population en général.

 »Je dirais que la corruption est un sport national en Turquie. Toutefois, la corruption au sein du parti au pouvoir est indéchiffrable car les médias et la justice sont sous le contrôle du gouvernement. D’après Wikileaks, nous avons appris qu’il y avait d’intérêts ou de corruption sérieuse dans le parti au niveau national, provincial et local, de même qu’au sein des membres proches des familles de ministres. »

14. Des élections frauduleuses :

Les élections ou les sondages d’opinion publique étaient généralement factices. Lorsque les élections ont eu lieu, elles étaient généralement manipulées par l’élite au pouvoir pour obtenir le résultat souhaité. Les méthodes courantes ont été de maintenir le contrôle de la machine électorale, d’intimider et de priver de leurs droits les électeurs de l’opposition en détruisant ou en interdisant leur voix légales. Les régimes fascistes ont employé leurs systèmes judiciaires en faveur du status quo.

 »Grâce à ses pouvoirs sur les médias, le gouvernement turc est en mesure de manipuler des sondages et l’opinion publique. Le parti au pouvoir n’hésite pas à utiliser tous les instruments comme la police et les services secrets pour creuser la vie privée des candidats de l’opposition. Les opposants ont peu de chance de faire la propagande avant les élections. »

Pour finir, il faut bien clarifier que le fascisme n’est pas fortement imposé aux masses par certains pouvoirs. Elles étaient prêtes à l’accepter. Comme disait Gilles Deleuze «Les masses n’ont pas été trompées, elles ont désiré le fascisme». On ne peut pas seulement accuser les dirigeants fascistes de composer un état de la haine; les peuples sont également coupables si ils acceptent de vivre sous le règne du fascisme.

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