J’aime bien penser que ma vie me mènera quelque part, un peu comme tout le monde. Parfois, je m’invente un monde complet de chimères où j’avance triomphalement sur le tapis rouge de l’existence. L’existence. Comme si je pouvais savoir de quoi je parlais. Peut-être que d’autres le savent, mais pas moi. La certitude est un luxe que je me refuse, car celui qui vit dans le luxe finit par s’y habituer et à refuser tout ce qui n’est pas le plus confortable. J’ai choisi l’ascèse parce que je l’ai toujours vue comme une chose désagréable et parce qu’à un certain moment, j’ai cru qu’il serait peut-être bon de faire un peu de ménage dans ma conception du monde. J’ai donc décidé d’essayer ce qui ne m’aurait jamais tenté avant : vivre seulement dans les livres. C’est ainsi que j’ai choisi ma vie. Je crois que je l’ai calquée d’Antoine Roquentin. Étrange, non ? À dix-sept ans, il n’y avait au monde que le vide et Jean-Paul Sartre. Parfois, il y avait aussi un café et maintenant avec mes dents qui me font mal, je peux voir où ça m’a mené. Pas très loin, en vérité. Au moins, je peux me dire qu’à une certaine époque, je tirais quelque chose de mes lectures. Maintenant, j’ai plus ou moins l’impression de perdre un peu mon temps. Dommage, moi qui aimait tant lire. Qui sait, peut-être que cela me reviendra un jour… peut-être.