Toujours un peu en avance, nous en avions déjà parlé entre nous Au Coin du Comptoir. Souvenez vous, on se demandait récemment si les économistes néolibéraux étaient des abrutis, et plus avant, pourquoi, depuis le début de la crise financières nous avions autant d’experts qui nous expliquent tout et son contraire. Nous avions même eu quelques cours de rattrapage économique par monsieur Robert, dit bob, l’inspecteur des impôts habitué du Picon Bière à l’heure de l’apéro…

C’était quand même sympa, nous finissions par comprendre ce qui se racontait à C’ dans imgscan-contrepoints-2317-FMI-194x300l’Air, c’est vous dire ! Beaucoup de choses étaient devenues moins obscures. Les avoirs pourris des « Subprimes » n’avaient plus de secret pour nous, nous savions tout sur la compétitivité dont on nous rebat les oreilles, le PIB, la dette structurelle étaient passés dans le vocabulaire du bistrot qui ressemblait, malgré nous, de plus en plus au café de la Bourse.

Donc nous faisions des efforts pour ne pas mourir idiots. Nous avons lu « Le Triomphe de la Cupidité » ,  » Le Prix de l’ Inégalité  » du camarade Stiglitz comme suite à la lecture mensuelle d’ Alternatives Économiques tout en écoutant et commentant les prophéties et les leçons du professeur Frédéric Lordon sur le libre échange et la crise ou la perte de pouvoir des politiques dans le domaine économique

Et voilà que les abrutis du FMI récidivent. On avait appris en début d’année qu’ils s’étaient planté avec les constantes qui servaient depuis des années a calculer l’incidence des dépenses ou des économies faites par les états sur la croissance, le « multiplicateur budgétaire », ce multiplicateur budgétaire  établit :

(…) qu’un euro dépensé ou économisé par un acteur public génère une augmentation ou une perte de revenu pour l’économie nationale concernée qui peut être supérieure ou inférieure, selon la valeur dudit multiplicateur, au montant de la dépense ou de l’économie publique.

austérité

En gros, d’après la théorie des experts du FMI, théorie appliquée depuis des années dans ses interventions dans le Monde entier, quand l’état dépense 1 € , l’économie nationale croit de 1 € , quand pour des questions de rigueur budgétaire l’état réduit ses dépenses de 1 € , la perte pour l’économie n’est que de 0,50 €.  Or il se trouve que finalement, après vérification de ces calculs par les mêmes experts, la perte de de revenu pour l’économie nationale pourrait atteindre jusqu’à 2,70 € !!

Ceci expliquerait bien sûr l’échec des politiques d’austérité appliquées aux pays du Sud de l’Europe et par conséquent l’échec prévisible de celles entamées par la France et beaucoup de pays du nord. Nous avions même quelques tableaux très parlants dans le petit billet sur « Le Discours de la Méthode » (pour lutter contre la crise bien sûr ! Nous sommes cartésiens mais quand même…)

Et voila qu’une deuxième boulette vient mettre à mal la seule voie de salut, la seule recette censée nous sauver du marasme ambiant : l’austérité  qui nous mènera à la croissance !!

Pourquoi l’austérité ? Pour réduire la dette. Pourquoi réduire la dette ? Parce que l’interventionnisme de l’état est une vieille lune keynésienne et que les travaux de deux économistes de Harvard  ils avaient conclu que les périodes où la dette publique des pays riches avait dépassé 90 % de leur produit intérieur brut correspondaient, en moyenne, à des récessions de l’ordre de – 0,1 %.

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Cette étude qui servait de référence à tous nos experts (néolibéraux) était totalement fausse. Les travaux publiés cette semaine par les trois économistes du Massachusetts aboutissent à une conclusion radicalement différente : en étudiant la même période, ils estiment que la croissance économique des pays avec ce ratio de dette a en réalité été de + 2,2 % !!

Les trois universitaires accusent même leurs collègues de Harvard d’avoir procédé à « un tri des données » et assurent que leurs nouvelles conclusions doivent conduire à revoir excel pour les nuls« les objectifs d’austérité » défendus en Europe ou aux États-Unis. Les « économistes erronés » ont expliqué leur erreur par des problème de positionnement de lignes dans le fameux tableur Excel.

Le vrai problème est que malheureusement cette suite d’erreurs dans les calculs qui validaient comme unique et incontournable l’option de la rigueur ne semblent pas avoir fait dévier d’un pouce les anti keynésiens et en particulier les experts de la troïka chargés de faire suer sang et euros aux pays qui ont dépassé les critères  prescrits.  On ajoutera que parti sur un autre pied, notre gouvernement s’est finalement résolu à suivre les préconisations de ces théories entachées de graves erreurs.

Ce qui laisse rêveur n’est ce pas ?