« Malgré la maladie, Chavez dirige toujours le Vénézuela » (source)

Il semblerait que les médias occidentaux rapportent chaque communiqué du gouvernement vénézuelien sur la santé du président Chavez[note 1] à moins que ce ne soit chaque élucubration de l’opposition vénézuélienne qu’on-veut-faire-taire. C’est bien curieux, quel autre pays d’Amérique du sud tient attire autant l’attention ? Personnellement, je ne connais pas le nom des présidents mexicain, péruvien, paraguayen… Même la Colombie ne bénéficie pas d’autant d’attention, malgré les années durant lesquelles Ingrid Betancourt y a été prise en otage sous une énorme couverture médiatique (en tout cas en France). Bien d’autres pays et bien d’autres sujets mériteraient une telle attention médiatique.

Je ne suis pas un grand admirateur d’Hugo Chavez, même si je sais que son gouvernement a amené beaucoup d’amélioration pour la vie des exploités. Il a été élu de façon démocratique selon les organismes qui ont contrôlé le vote (tiens, on ne nous l’a pas dit, ça). Du coup je me demande pourquoi chaque communiqué sur la santé de Chavez est si important pour nous français. Je vais lancer une hypothèse (conspirationniste, héhé) : si on nous assène tous les détails de l’évolution du gouvernement de Chavez c’est pour en montrer le caractère personnel et, par extension, dictatorial et totalitaire[note 2].

La question beaucoup plus intéressante est pourquoi le Vénézuela de Chavez serait une des « dictatures » à condamner les plus fortement actuellement ? Il y en a d’autre qui bénéficient d’une publicité semblable : la Syrie (un pays en guerre civile, en fait), l’Iran et la Corée du Nord peut être mais présentée sous l’angle folklorique. Si l’on considère que le Vénézuela est actuellement une dictature, il y a de nombreux autres pays pour lesquels s’inquiéter. Si l’on considère que le Vénézuela est actuellement une dictature, qu’est-ce qui rend l’oppression du peuple saoudien moins importante que celle du peuple vénézuélien ?

De mon point de vue, la réponse à cette question ne se trouve pas uniquement dans des considérations géo-stratégiques, mais aussi (et surtout ?) dans des considérations idéologiques. Si le Vénézuela est condamné par les médias plus que d’autres, c’est parce que les chavistes ont attaqué la propriété privée (des ressources et des moyens de production). De la même façon (dans une moindre mesure car ils sont moins flamboyants) les présidents Correa en Equateur, Kirchner en Argentine et Morales en Bolivie (vraiment moins pour lui car la Bolivie… qui s’en intéresse ?) sont pointés du doigt. Tous élus démocratiquement, mais tous soupçonnés d’être à la tête d’une dictature qui ne dit pas son nom. Au contraire le Brésil est lui présenté comme un modèle de démocratie, et pour cause : ni Lula ni Dilma Roussef n’ont remis en cause la propriété privée (au contraire, ils ont encouragé le libéralisme).

Pour la conclusion de cet article, je vous invite à faire le tour de la Terre et nous rendre en Grèce. Il y a beaucoup de choses à dire sur la Grèce actuelle : on pourrait par exemple se demander à quel niveau elle se situe par rapport au Vénézuela en terme de démocratie, mais ce n’est pas l’objet. En 2012 et cela continue en 2013, les biens publics grecs sont bradés et vendus au secteur privé, ces biens ne vont pas partir, bien sûr ! Ils seront louer par leurs nouveaux propriétaires au peuple… À prix d’or.

C’est un marché de dupe que personne n’accepterait en temps normal : j’achète ta maison (que tu as construite par toi même) pour une bouchée de pain et je te la loue, évidemment dans peu de temps tu m’auras donné plus d’argent que le prix d’achat. Qui accepterait ce marché ?

L’endetté.

Il serait trop long d’expliquer ici comment la dette est créée, comment les États se sont trouvés dans une situation d’endettement (n’hésitez pas aussi à vous renseigner sur le mécanisme de création monétaire) et comment la dette est au cœur même de notre système économique. Le résultat est bien là : des biens publics, construits ou acquis grâce au travail de tout un peuple, sont donnés à des intérêts privés pour rembourser une dette qui ne pourra qu’augmenter mécaniquement (puisqu’on retire toute rentrée d’argent aux États). Je considère (et je ne suis pas le seul) que c’est du vol.

Dans quelques années (je l’espère de tout mon cœur), le peuple grec reprendra ce qui lui appartient de droit par le seul moyen dont dispose le peuple : l’expropriation[note 3]. À ce moment là, les médias seront là pour mettre en doute le caractère démocratique de la Grèce, de la même façon qu’ils le font pour le Vénézuela.

Bien sûr cet article est totalement intuitif et n’a donc aucune autre valeur autre que mon plaisir.


note 1 : vous remarquerez que le fait de dire « le président Chavez » sans marque d’ironie (comme on dirait « guide de la Révolution » dans d’autres pays) me place immédiatement en porte à faux vis à vis de la doxa qui classe Hugo Chavez dans les dictateurs d’opérette. Élu démocratiquement, l’appeler comme un président Obama ou un président Hollande ne semble pourtant pas objectif.

note 2 : oui on peut remarquer que le caractère personnel d’un régime en fait immédiatement une dictature à nos yeux. Uniquement pour les pays non-occidentaux cela dit, personne ne dirait que la France de De Gaulle était un régime dictatorial :)

note 3 : espérons que cela arrive avant que les fascistes ne gagnent trop d’influence et mettent la région (ou plus?) à feu et à sang