“You cannot solve current problems with current thinking. Current problems are the result of current thinking.”
Albert Einstein

[[vous ne pouvez pas résoudre un problème actuel avec la pensée actuelle. Les problèmes actuels sont les conséquences de la pensée actuelle]]

Dans l’art de convaincre d’Aristote il y a 3 niveaux : ethos, logos, pathos [[éthique, logique, émotionnel]]. Aujourd’hui nous sommes beaucoup plus dans le pathos, à cause de l’appauvrissement du logos. Suite à de nombreuses discussions dans les forums de ci de la, et à la réflexion sur la méthode (pensée) systémique, à force de voir les idées des uns et des autres souvent déformées, et particulièrement simplifiées, caricaturées, il semble que l’on puisse classer les façons de penser.

Ces différents niveau de pensée sont au cœur même des affrontements idéologiques, voire même parfois leur raison. L’article « La réalité en marche » en est une parfaite illustration : on peut avoir différents niveau de lecture d’un même événement.

A priori ce classement que je proposes s’applique uniquement à l’axe « logos », on pourrait éventuellement mettre plusieurs niveaux dans le pathos et l’ethos, mais je n’y ai pas encore réfléchi.

Ce post n’est pas totalement abouti, c’est un sujet assez difficile et délicat, que je n’ai pas vu abordé ailleurs.

Voici une définition des niveaux de pensée :

  1. 0D, binaire : le bien, le mal, tu es terroriste ou tu ne l’es pas, l’immigration c’est bien ou c’est mal (pas de nuance).
    Ici tout le monde sait faire, sur tous les sujets.
  2. 1D, linéaire : mécaniste, si je hausse les impôts, je récole plus, ici on va mesurer, tu es plus ou tu es moins, ton compte en banque est plein ou pas, tu es riche ou pauvre, connu ou inconnu, ou un peu connu, etc…
    Ici tout le monde sait aussi à peu près, faire, mais on va perdre quelques  sujets, exemple, l’immigration, les chiffres importent peu, ce qui compte c’est « le bien ou le mal » de l’immigration.
  3. 2D, dynamique : cette fois on va s’intéresser à la dynamique des phénomène : la croissance, la diminution, la vitesse. Ex : le PIB, dette, chômage augmentent ou diminuent.  Du moins de vue mathématique on utilise dérivées, intégrales, fonctions a seuil, exponentielles, hyperboles, hiérarchique; utilité marginale, rendement décroissants, pourcentages, effet levier.
    La on va perdre déjà pas mal de monde. Exemple : tuer un terroriste, si on en fabrique 2 autres au passage, ça ne sert à rien. Mais pourtant, dans la pratique on n’entends jamais ce genre de raisonnement. Ce qui compte ici ce sont les dynamiques concurrentes. Peu importe si a un moment il y a 1 méchant pour 10 gentil, si les méchants grossissent 2X plus vite.
  4. 3D, systémique : boucles de rétroaction (ponzi), système organique, systémique, complexité, propriété émergente,
    La on a perdu presque tout le monde et tous les sujets, sauf quelques niches
  5. 4D, holistique : hologramme (le tout est dans la partie et vice versa), résonance, synchronicité, subtilité cachée, tous les sujets et les acteurs sont liés, effet papillon, les lois structurantes universelles (auxquelles personnes n’échappe jamais)
    Ici il n’y a quasiment plus personne

Il faut bien comprendre une chose. J’emploie de terme de dimensions à dessin, car quand quelqu’un propose une explication, disons 3D, et qu’elle est lu avec une grille de lecture 0D, alors toute la subtilité, en est perdue. Je reprends l’exemple du sujet de l’immigration :

  • en 0D : c’est bien ou c’est mal. Point. Après on peut justifier : « chacun chez soi » ou bien « le racisme c’est mal ».
  • en 1D : on regarde les chiffres, il y a trop d’immigrés ou pas assez, sans que ce soit bien ou mal, mais juste nécessaire ou utile, ou l’inverse nuisible
  • en 2D : on regarde l’évolution des chiffres, la dynamique dans le temps, on anticipe les futurs problèmes : la délinquance augmente trop, ils pourraient faire basculer les votes s’ils deviennent trop nombreux, de plus en plus de revendications et de lois communautaristes, balkanisation
  • en 3D : on regarde la dynamique et les répercussions sur l’ensemble de la société, les dommage collatéraux, qui en profite, qui est perdant : les effets sur la chute de niveau de l’école publique, le manque de modernisation, l’image du pays à l’étranger, les effets sur les pays d’émigration, quelle est la fonction de l’immigration, l’homéostasie de la nation, etc…
  • en 4D : on regarde le tableau d’ensemble, en mettant sur un pied d’égalité dans une même dynamique parce que soumis aux même « lois structurantes », l’immigré/nationaliste/gauchiste/élitiste

Évidement, c’est assez pénible pour quelqu’un qui pense en 2D (par exemple) de discuter avec quelqu’un qui se limite à la 0D. C’est pourtant très courant sur les forums.

D’une manière générale, pour résoudre un problème, selon le niveau de pensée, ça donne ce genre de choses :

  • en 0D : on choisi un camp, c’est très simple : c’est toujours celui du bien contre le mal, et on est toujours du bon coté, ce qui est rassurant.
  • en 1D : on renforce tel ou tel aspect, prends une loi, plus de ceci ou de cela : si l’Europe à des problèmes, c’est qu’il faut plus d’Europe. Trop d’insécurité ? plus de prisons ou de propagande anti- »sentiment d’insécurité ». Très simple la aussi. Pas de place au doute.
  • en 2D : on doit déterminer un facteur sous-jacent qui guide l’évolution d’une tendance. Avec une analyse poussée ou peu trouver une solution. Les retraites ne seront pas payées ? on fait augmenter la natalité (immigration) plus vite que les retraites ne prennent du poids. Déjà plus compliqué, il a fallu anticiper les évolutions et trouver une solution indirecte.
  • en 3D : on doit trouver comment les variables s’articulent entre elles et sur quels levier jouer simultanément pour influencer le cours des choses, il faut en général des solutions globales (un peu de ceci et un peu de cela de manière coordonnée). Ici le pensée analytique ne suffit plus, il faut une pensée analogique(systémique). Faire baisser le chômage ? ce n’est pas simple, car il faut toucher a la fois les impôts, les cotisations, la compétitivité, les flexécurité et donner un « cap » à la nation, il faut que ça aie un sens a priori.
  • en 4D : il n’y a pas de solution « logique » au problème, il faut le transcender, utiliser son intuition, voir au delà. La solution n’a souvent que peu de rapport avec le problème, mais comme tout est lié … ça fonctionnera. On a l’impression que c’est magique. Le sens est donné à posteriori. Il faut la foi, c’est à dire, avancer sans savoir, sans le mental rationnel, ni même analogique.

Chaque niveau de pensée est utile. Il ne s’agit pas ici de stigmatiser ou de tout voir en 4D parce qu’on est « un saint » (ce qui serait une pensée 1D d’ailleurs). Parfois le 0D est très utile : si vous êtes agressé dans la rue, vous vous préservez, point. Après coup, si ça vous amuse vous pouvez passer en 4D et vous demander qu’est-ce que l’univers à essayé de vous dire, mais pour cela, il faut être vivant. Chaque niveau de pensée demande un effet de plus en plus important, du temps, de l’investissement (cf les biais cognitifs). Donc, il vaut mieux toujours utiliser le niveau de pensée le plus rudimentaire tant qu’ils est suffisant. Mais c’est bien de savoir aussi monter d’un cran si nécessaire.

Aujourd’hui la crise économique nous oblige à passer au minimum en 3D, voire en 4D. (C’est la démarche que ce blog proposes et qui établi petit à petit une sorte de continuum entre la vie de tous les jours,  l’économie et le yoga).

Chaque niveau de pensée s’apprend, et s’enseigne, et dispose d’une méthodologie pour ne pas faire n’importe quoi. La vie se charge du 0D. Le 1D et le 2D, c’est l’école. Le 3D n’est pas vraiment enseigné nulle part. Certains chercheurs et universitaires l’utilisent et le formalisent toute fois. Le 4D, c’est un peu le but (avec des succès très relatifs) des religions. Pour chaque niveau il y a une méthodologie correcte et des sous niveaux de subtilité, même pour le 0D : il y a ce qui est bien et ce qui est mal, mais il y a les bonnes manières de lutter contre et les mauvaises !

Il serait aussi intéressant de voir comment une idée « voyage » entre les différentes dimensions, les chemins qu’elle peut parcourir ou non. Ça, c’est le sujet des sociologues, des neurologues, des psychologues, et surtout des politiciens et des experts de la communication / marketing. C’est le sujet majeur de la guerre cognitive dans laquelle nous sommes plongé, ou G4G [[guerre 4ème génération]], et que les tenants de la conspiration tentent d’analyser. C’est important pour comprendre le monde actuel et sa richesse. J’y reviendrais.