source: cnetfrance.fr

L’Europe veut nous faire rouler au gaz…mais avec quel gaz ?

Publié par Benoît Solivellas | mercredi 30 janvier 2013

 

La commission européenne souhaite faire du gaz naturel le premier carburant alternatif d’ici 2020. Une décision qui relance inévitablement le débat sur les gaz de schiste.

 

Le plan stratégique de la commission européenne sur les carburants propres, présenté la semaine dernière, est un un point important dans la transition énergétique qui se dessine actuellement dans l’automobile. Lors de la présentation de ce plan nous nous étions attardés sur les mesures favorisant la technologie électrique et hydrogène mais avec un peu de recul on peut s’interroger aussi sur un autre volet, celui du gaz naturel.

La commission envisage en effet de faire du gaz naturel (GNV), le premier carburant alternatif au pétrole d’ici 2020. Pour cela, elle incite chaque État membre à multiplier les stations de ravitaillement publiques (il n’y en a plus en France), avec un maillage inférieur à 150 km entre chaque station.

Le bilan variable du GNV
Le bilan écologique du moteur thermique carburant au GNV est positif. Ce moteur, faiblement modifié comparé aux blocs essence actuels, dégage moins de CO2 et de particules, mais le bilan global est plus contrasté si on s’intéresse à la production de ce carburant.
Dans le cas de gaz d’origine biologique et donc renouvelable tel que le biométhane, le bilan est largement positif mais son potentiel de production, moins important que les gisements géologiques, n’en fait qu’une source secondaire. Mais avec un gaz non conventionnel comme le gaz de schiste, récupéré par fracturation hydraulique et chimique de la roche, le bilan se dégrade et surtout, il soulève un débat sur la pollution du sol.
Pour s’en tenir au bilan CO2, une étude de l’ONG Environmental Defense Fund a mis en évidence que l’utilisation du gaz de schiste dans l’automobile ne pouvait être bénéfique pour le climat uniquement en réduisant les fuites de gaz (méthane) au cours de son extraction et de sa distribution. Le méthane est en effet un gaz à effet de serre nettement plus puissant que le CO2 émis lors de sa combustion. Et les pertes en amont compensent rapidement les gains de CO2 au niveau du moteur.

Le gaz de schiste, l’eldorado européen
Si dans ce rapport sur les carburants alternatifs, la commission européenne ne s’est pas déclarée favorable à un développement spécifique du gaz de schiste pour l’automobile, l’actualité internationale laisse penser qu’un tel scénario n’est pas improbable.
En Europe, les réserves de gaz de schiste sont conséquentes et permettraient une meilleure indépendance énergétique. Aux États-Unis où son extraction est autorisée, la production de gaz de schiste représente aujourd’hui un tiers de la consommation totale d’énergie du pays. Le patron de Fiat a d’ailleurs déclaré qu’il y avait, dans ce pays, de véritables opportunités à l’utiliser dans l’automobile.
Aux portes de l’Europe aussi, le gaz de schiste fait aussi une percée. L’Ukraine vient ainsi de signer un accord d’envergure avec Shell pour l’exploitation des gaz de son sous-sol.

Aujourd’hui, la position de l’union européenne sur les gaz de schiste n’est pas encore tranchée, les pays membres ayant des avis divergents. Mais le parlement européen ne leur ferme pas la porte et s’est prononcé pour une « développement durable de l’ensemble des activités liées au gaz de schiste ».

En Europe et notamment en France, le gaz de houille suscite pourrait être une alternative. Extrait sans fracturation hydraulique, il permettrait d’exploiter d’autres gisements conséquents. Mais ce n’est qu’un projet, sa faisabilité industrielle et l’absence d’impact sur l’environnement n’ont pas encore été démontrés.

 

 

 

L’Europe veut nous faire rouler au gaz…mais avec quel gaz ?