Je viens d’écouter par hasard une interview de Catherine Perrin (animatrice à la radio de Radio-Canada) avec Denise Bombardier (lundi 11 février 2013). Je ne comprenais pas pourquoi madame Bombardier se révoltait sur un sujet qui ne m’était pas clair : l’animatrice n’avait pas le temps de compléter ses questions que déjà madame Bombardier s’insurgeait de celles-ci sur ce sujet qui, disait-elle, ne la concernait pas du tout. Et pour cause!

Je suis donc allé aux sources pour comprendre que madame Bombardier était en « colère » du fait que des manipulateurs lui auraient reproché d’avoir fait usage de plagiat dans une de ses publications. Ce qu’elle démentait avec fermeté et outrance.

Le plagiat est probablement l’action humaine la plus basse et la plus vile qu’une personne puisse faire à la face de la société qui, ne sachant rien du subterfuge, encense celle ou celui qui s’approprie frauduleusement l’idée d’une autre personne. Le plagiat, c’est un vol fait par une « noble » personne qui est en réalité une crapule des plus indécentes. Un plagiaire, c’est une personne qui se rehausse socialement en écrasant les autres; on se rehausse aux yeux de la masse aux dépens et au mépris de ses pairs. C’est l’admiration démesurée de sa propre personne par complète déconsidération de l’autre, de tous les autres; l’égoïsme à l’état pur.

J’ai personnellement connu le plagiat; simple employé d’une institution financière coopérative, mon patron du moment s’était approprié (deux fois plutôt qu’une) mes idées pour se rehausser auprès d’une élite dirigeante. Innocemment, je nourrissais mon responsable hiérarchique de mes idées dans l’espérance d’une simple reconnaissance de ma loyauté à l’entreprise. Naïveté sur le genre humain? Désolation assurément.

Ayant pris connaissance par hasard de sa perfide utilisation de mes créations, j’ai, bien évidemment, pris soin de ne pas ébruiter le nom du faussaire et de ses tricheries : quand on n’a pas les rênes du pouvoir, il est toujours préférable de jouer prudemment avec la vérité. J’ai quand même pris l’initiative de me créer des preuves afin de garder, pour une improbable nécessité, ces documents compromettants.

L’action de mon « supérieur » immédiat (quelle supériorité?) m’a blessé, bien évidemment. J’ai cependant découvert à ce moment-là que même dans une entreprise « coopérative », l’homme demeurait une bête dangereuse. Était-ce une découverte ou une confirmation? Plutôt une confirmation dans son cas : j’avais quand même une impression, un soupçon, un doute non fondé, que j’avais « au-dessus de moi » un grand manipulateur. Allez donc prouver ça une impression, un soupçon, un doute… Très délicat vis-à-vis une élite dirigeante souvent complice…

Nonobstant ce triste épisode, il faut reconnaître qu’en cette société où la cupidité et l’avidité sont rois, les tentations pour jeter à la poubelle nos plus grandes vertus sont monnaie courante; rester honnête et intègre exige de plus en plus de force morale qui ne rapporte strictement rien financièrement parlant. L’épisode de l’écrivain Claude Robinson (au Québec) qui se bat depuis plus de 17 ans pour se faire payer des droits d’auteur qu’on lui a volés par plagiat est représentatif de la pitrerie et de la pitoyable situation de la Justice en notre pays; croire en ce système de justice, c’est croire en la fourberie et la corruption comme moyen d’intégrité et de bonnes mœurs. D’où vient donc cette pauvre réputation de ce système de justice qu’on traite de voleurs en cravate si ce n’est justement toute ces tergiversations qui n’en finissent plus?

« L’ambition, fait périr son maître » dit le proverbe; pas toujours, malheureusement. Bien mince consolation dans ce cas-ci : mon responsable hiérarchique du temps périt au seuil de sa nomination comme « grand prélat » de l’institution coopérative. Il n’en est quand même pas sorti pauvre et condamné de ses malveillants plagiats. L’injustice est universelle (voir mon texte sur ce sujet : 30 juin 2009)

L’histoire m’a enseigné que les cas de plagiats sont très nombreux parmi des élites qu’on adule et respecte pour leur grandeur et leur intégrité. Qui peut dire la vérité? Qui peut oser déclarer qu’une telle personne « honorable » et « respectable » a fait usage de plagiat, sans présenter sur la place publique les preuves de cette dénonciation, de ce vol bassement inqualifiable? En cela, on ne peut qu’admirer madame Bombardier de se rebeller, de s’offusquer d’un tel mensonge avec « raison, passion »!

Le plagiat : une violence morale sociale beaucoup plus présente qu’on le pense. Mais qui peut dire: « voilà la vérité, voici le faussaire, voici la tricheuse… » ?