C’est évidemment la même chose, me direz-vous. Et pourtant non, pas complètement. En effet, ces deux marques revêtent une vision et des anticipations très différentes.

Depuis le rachat par France Telecom (FTE :PA) en 2000, la marque Orange cristallise presque toutes les réussites du groupe avec son développement à l’international et ses innovations alors qu’au contraire France Telecom se charge d’endosser le côté historique de l’entreprise, portant le poids de l’interventionnisme étatique, son aspect bureaucratique et incapable de créativité.

Le cours de bourse varie en fonction de l’anticipation des investisseurs de la part prédominante de l’un de ces deux pendants. L’activisme de l’Etat français dans la gestion de l’entreprise (rachat possible des activités sous marine d’Alcatel Lucent, interdiction de licenciement, maintien de la politique de distribution de dividende) conjugué avec la morosité de la croissance européenne tend à renforcer la vision France Telecom de l’entreprise. Celle d’une société d’un autre temps, plus un instrument au service d’un gouvernement plutôt qu’un acteur libre aux ambitions mondiales.

Pourquoi cette vision pessimiste nous parait-elle biaisée, ou pour le moins surestimée ?

–                 Développement à l’international : La France ne représente plus que 49% du Chiffre d’affaire du groupe en 2012. La part de l’activité générée par les pays émergeants se situe aujourd’hui à 9% et croit fortement suivant le développement de ces derniers. Le groupe prévoit un rapide développement en Afrique et étudie une prise de participation majoritaire dans Maroc Telecom (actuellement contrôlé par Vivendi, l’un des concurrents principaux). Ce réservoir de croissance constitue une belle opportunité avec une population Africaine très utilisatrice des communications téléphoniques qui sera selon l’ONU[1] multipliée par 1.7 d’ici à 2015 pour atteindre 1,76 milliards d’individus.  Il parait important de souligner que sa surface financière lui permettrait d’être considérée comme un prédateur sur le marché des télécoms avec les synergies envisageables par la suite et que nombre d’acteurs du secteurs prônent une concentration de l’industrie.

–                 Contrat d’itinérance avec Free : Selon le quotidien économique « les Echos » chaque nouveau client de Free rapporterait à Orange 7€. Cette manne permet à l’entreprise de compenser le tsunami Free, tout en se confrontant à un univers du mobile devenu très concurrentiel. Cette évolution forcée de son modèle doit lui permettre de se mettre en état de marche pour relever le défi d’une croissance soutenue et de son déploiement.

–                 Politique de dividende attrayante : 10,5 Mds de dividendes ont été distribués en 3 ans. A ce jour le taux de rendement est de 9,16% sur la base d’un cours à 9,005€. Même une possible baisse de ce taux situerait les cash flows à un niveau largement supérieur à celui des comptes épargnes (certes sans risque) pour une entreprise qui a, de fait, la garantie de l’Etat.

–                 Cours de bourse massacré : en 5 ans l’action a perdu 61,75% (y rajouter un graphique). La valorisation est de 22 Mds et pour comparaison sa dette de 30 Mds. L’année 2013 semble, selon les avis en vigueur, propice au marché actions et devrait profiter en particulier aux groupes fortement décotés comme France Telecom.

FRANCE TELECOM hebdo 18 janv

–                 Réseau des télécoms paneuropéen : de tous les arguments précédemment cités il s’agit du moins tangible mais représente de fortes possibilités de création de valeur. Les investisseurs ne s’en sont pas trompés et le cours a augmenté de presque 5% suite à la simple ouverture du dossier par la commission européenne. Ce processus sera très long et très complexe, mais mêmes des courtes avancées peuvent doper le cours et accompagner la hausse.

–                 Capacité d’innovation : La dimension de France Telecom lui permet d’être présent sur l’ensemble des technologies porteuses pour les télécoms, fréquence 4G, Cloud, service multimédia, etc. Cela peut donc lui permettre de sortir par le haut de la guerre des télécoms actuelle en « pricant » un service de qualité, et reconnu comme référence du secteur (voir le 14/01/2013 l’accord signé avec Baidu pour co-développer un navigateur mobile amélioré)

Nous signalerons dans un même temps la prise de contrôle et la détention à 100% du site de streaming Dailymotion. Cette acquisition s’inscrit dans la volonté de FTE de diversifier ses sources de revenus en investissant dans une des petites de l’internet français à travers son véhicule de Private Equity[2].

Ne nous y trompons pas, l’avenir de France Telecom (ou devrais je dire d’Orange ?) est semé d’embuches. Mais il nous semble que ces dernières sont très / trop largement anticipées au vue de la valorisation actuelle.

 Recommandation au 10/01/2013 : Achat avec horizon 3-5 ans : PEA, du fait de cette forte politique de distribution, le PEA semble être le meilleur outil pour protéger les dividendes d’une imposition de plus en plus décourageante.