J’ai vu une publicité télévisuelle d’un téléphone intelligent utiliser la société d’État « Radio-Canada » comme tremplin et caution à son produit de communication privée; qu’est-ce à dire?

J’ai lu que Desjardins avait acquis en 2013 une institution financière dans l’Ouest canadien, fermerait encore des lieux de service ruraux au Québec, et réduirait davantage les ristournes aux membres des Caisses; qu’est-ce à dire?

J’ai lu qu’une entreprise mauricienne d’économie sociale de récupération fermera sous peu ses portes après plusieurs décennies d’activité, dirigeant ses 210 employés handicapés au chômage chronique alors qu’un fonds gouvernemental de 200 millions de dollars pour cette région du Québec n’arrive pas à s’administrer équitablement pour celle-ci; qu’est-ce à dire?

J’ai cru entendre un maire (celui de Trois-Rivières) nous confier à la télévision d’État ses grandes émotions humaines et personnelles alors que tout le Québec se prépare à des élections municipales d’ici quelques mois; qu’est-ce à dire?

J’ai vu à la télévision un pontife religieux quitter son bureau de travail en hélicoptère pour se rendre à son château, résidence d’été, tout en entendant un cardinal montréalais nous demander de prier pour lui à la veille du conclave de 2013; qu’est-ce à dire?

J’ai vécu l’exclusion de 3 institutions financières coopératives Québécoises qui, de leurs règlements de régie interne fabriqués à cette fin (les règlements 4.6 et 4.7), condamnent à disparaître, sans appel, celles et ceux qu’elles considèrent ne pas avoir « une saine conduite »; qu’est-ce à dire?

Je lis que de hauts dirigeants ecclésiastiques et gouvernementaux (de dignes et grandes personnes incorruptibles et bien rémunérées) se sont mis les mains dedans à plein, abusant allègrement de la naïveté infantile et du système social; qu’est-ce à dire?

J’entends régulièrement partout le dénigrement des uns contre les autres, soutenant collusion et corruption généralisées, ainsi que malveillance et malversation, des plus nobles aux plus ordinaires des citoyens; est-ce normal? Devons-nous fermer les yeux sur autant de dérives et déviances morales? Sommes-nous à ce point rendus au « chacun pour soi », à cette soif mafieuse du « tout pour moi »? OUI? Alors nous pouvons conclure sans l’ombre d’un moindre doute que le Québec est une société amorale, tels des animaux pour qui seule la Loi du plus fort de Machiavel règne en maître. Nous en sommes là, nous sommes ça : une société à l’américaine du « gagnant-perdant ».

Au lendemain du décès de Stéphane Hessel, il y aurait lieu de nous dire encore une fois ce printemps-ci : « arrêtons de rêver; agissons et indignons-nous tant qu’il le faudra pour nous créer une société où l’humanité de celle-ci correspondra à un vrai, sinon meilleur respect de l’autre, de tous les autres. » Les plus forts peuvent-ils être au service des plus faibles? N’est-ce là qu’un rêve, une illusion, ou une utopie à réaliser? La race humaine est-elle capable de cela? Le mot « éthique » est-il dans le dictionnaire de la langue française québécoise, ou n’est-ce là qu’une fiction idéaliste ou folle lubie?

Nous avons encore tout à prouver : nous tous.