Falaises de MescherPassage de la lumière au travers des vitraux au nombre de trois au dessus de l’autel. A droite, saint Georges, le prénom de mon père. Au milieu sainte Anne. Anne se tient devant moi dans une travée de l’église pleine comme un œuf. Je ne me souviens plus du troisième saint, à gauche, qui ne m’évoque aucun vivant. Pourtant, ils m’auront parfois aidée à concentrer mon regard au-dessus de la scène qui se « jouait » devant nous.

Un cercueil, des bougies, la grande silhouette digne de notre amie, sa mère, la famille, les amis. Un œuf plein que cette petite église de Charente-Maritime.

Des textes de l’évangile qui nous lient et nous réchauffent quelle que soit l’idée que l’on a de Dieu. Un écrit magnifique et limpide lu doucement par notre amie, hommage à son père. Voix douce qui apaise et émeut aux larmes.

Tels des piliers au milieu de la foule, elles sont là, présence clairsemée, toutes de grande taille, visibles et recueillies. Fait du hasard, nous, les trois plus petites, sommes alignées derrière. Ainsi positionnée en amont, je déploie mon regard sur leur immobilité, laquelle traduit la gravité de l’instant. Habituellement, tout ce petit monde s’agite davantage, nous n’avions jamais eu encore (toutes ensemble) une telle posture.

Puis nous suivons notre amie vers un ultime endroit, avant la disparition de cet objet massif qui attire le regard autant qu’il fait baisser la tête, selon le baromètre du « cœur qui cogne ».

Dans la salle, la voix de Piaf nous rappelle qu’elle ne regrette rien au terme de sa propre lutte pour vivre, Ferrat emmène certains au creux de l’enfance et au pied de la montagne lointaine. Brel claque sa vérité sur l’amour et l’amitié.
Dehors, dans la grisaille, ça se mélange et tous ont du mal à partir ; après ces rituels qui nous rassemblent, que va t-il rester ?

Notre roulotte se déplace alors vers la maison familiale, les manteaux et les écharpes tombent, les visages se délient, notre amie nous enjoint à reprendre notre place, accompagnée par une maman qui connaît intuitivement la place de chacune.
Les cigarettes électroniques se déclenchent dedans, les vraies clopes s’allument dehors, un bouchon de crémant donne de la voix, certaines veulent voir la mer, l’une d’entre nous explique le chemin. Notre amie rectifie un itinéraire qui n’était pas du tout le bon, on se serre sur les canapés, faut rentrer mais on a encore le temps, certaines ont décidé de dormir là, d’autres – qui conduisent – demandent à boire une petite gorgée dans le verre d’en face. On se raconte des souvenirs mille fois entendus, on se trompe un peu sur les dates, on regarde des photos et on se marre pas mal.

On dit souvent « c’est ce qu’il aurait voulu ». Là, ici, maintenant, cela prend tout son sens.

À Karine et Danièle.

Tours, le 10 janvier 2013.