Unité monétaire et disparités économiques en Europe

La stratégie des artisans de la construction européenne a consisté à
réaliser l’union monétaire, en comptant sur le fait qu’elle
entraînerait l’union économique.

L’union monétaire fut un succès, au sens où les situations monétaires
des pays membres ont convergé. Plus précisément, «les taux d’intérêts
consentis par les emprunteurs n’ont cessé de se rapprocher, entre 1999
et 2006, jusqu’à atteindre une véritable égalité à un bas niveau».

En revanche, les politiques économiques ont largement
divergé. L’auteur en prend pour indication l’évolution des coûts du
travail, qui ont augmenté dans les pays aujourd’hui en difficulté,
accompagnés par l’endettement, alors qu’ils diminuaient en Allemagne,
dans le privé comme dans le public.

Perte de l’unité monétaire à l’occasion de la crise

Ces disparités sont visibles au grand jour depuis 2008 et le principal
message de l’auteur est qu’elles ont fait voler en éclats l’unité
monétaire. L’auteur, à nouveau, étaye.

(1) D’abord, les taux d’emprunt ont beaucoup divergé.

(2) Ensuite, on constate que les pays en difficulté ne parviennent
plus qu’à emprunter aux banques du même pays.

(3) L’épargne des pays en difficulté migre vers ceux en meilleure santé.

(4) «Les banques françaises et allemandes, qui avaient renforcé leur
présence dans les pays du Sud après la mise en œuvre de l’euro, ont
cessé d’y prêter».

L’auteur prend ces faits comme des signes d’une croyance répandue que
l’euro est voué à l’éclatement.

Crise de liquidité ou de solvabilité?

L’auteur souligne aussi que la solution adoptée en septembre, selon laquelle
la BCE prête «sans limite» aux pays de l’union, est vouée à l’échec
(non, c’est pas le seul à le dire). D’une part, un soutien «sans
limite», dans ce contexte, est juste impossible. D’autre part, cette
solution revient à confondre la présente crise de solvabilité avec une
crise de liquidité. Crise de solvabilité: des états se sont trop
endettés au point de devenir insolvables.  Crise de liquidité: les
prêteurs se font plus prudents que nécessaire; il faut les rassurer en
investissant.

Avant l’éclatement: hésitation devant le fédéralisme économique

L’auteur remarque pour conclure que le pouvoir conféré à la BCE par la
décision de septembre peut se comprendre comme instituant un
fédéralisme économique européen. Ça s’est fait un peu en douce et sans
le présenter ainsi, mais ça y revient. Il faudrait comprendre un peu
mieux pourquoi, mais j’imagine que c’est parce que, par exemple, ça
force l’Allemagne à soutenir la dette grecque, donc à perdre une part
de souveraineté économique. Certaines déclarations récentes de
dirigeants européens semblent aller dans ce sens, mais l’auteur ne
croit pas qu’elles se concrétiseront; il pronostique l’éclatement de
la zone euro.