soldes

Affiche publicitaire – Soldes suprêmes au magasin Printemps (Paris)

C’est l’histoire d’une femme éclairée, qu’une vive lumière semble avoir ramené à la vie. C’est l’histoire d’une femme du passé, qui tente de bruler ses souvenirs en noir et blanc dans le brasier consumériste où la chaleur de l’or fait oublier le froid de l’argent. Une femme qui s’accroche si fort au fil fragile de son existence qu’elle ne voit pas à quel point ce fil la serre, la paralyse, l’emprisonne et finira par l’étrangler. Une femme enchaînée, mais qui aime son carcan à la cheville comme le chien aime son collier. Entre ces femmes, ou entre ces facettes d’une seule et même femme, la prise en est le fil conducteur : cette femme est avant tout branchée. Elle est une connexion, une perche, un pont, un lien. Sa robe est noire, sa peau est blanche mais c’est elle qui permet à l’inscription sacrée de se faire jour et de transpercer l’obscurité profonde et inquiétante d’un appartement vide. Même au prix de sa liberté de mouvement et donc de sa liberté de penser – car chacun sait que la pensée est un mouvement dialectique – c’est elle qui annonce la bonne nouvelle et c’est donc sur elle que le projecteur se braque. Ce projecteur c’est celui des stars, des célébrités et des paillettes, de tout ce qui brille encore même quand l’astre est mort. Les stars ne sont pas des corps célestes qui émettent de la lumière, mais qui la reçoivent. Elles ne donnent rien d’elle-même, elles absorbent et reflètent. Ce projecteur, rond et blanc comme une pleine lune mais qui brûle et aveugle comme le soleil, est aussi celui qu’on dirige sur les dissidents de la prison économique, sur ceux qui cherchent à s’en sortir. Vous êtes prévenus : vous n’y échapperez pas. Ce projecteur est votre tombeau des lucioles, par lui vous périrez ou par lui vous brillerez. Ou peut-être même les deux. Consommez et consumez-vous. A quoi bon se plaindre ? Cette toile est plus chaleureuse que toutes vos mornes plaines. Fini le noir et blanc des temps anciens sous la grisaille du quotidien, voici venu le temps du jaune, celui du soleil, des tournesols et des jonquilles. Celui des soldes surtout. Il neige dehors, mais c’est le printemps à l’intérieur.