Fondée par Bet et Daniel, de la capitale, Tsomanotik est une association civile dont les missions principales sont de promouvoir l’agro-écologie, la solidarité et la citoyenneté, d’où son nom qui signifie « Tous Unis » en tojolabal, dialecte indigène des Chiapas. J’y fais donc mon volontariat pendant 2 mois, durant lesquels je découvre le travail en agro-écologie et en éducation à l’environnement que l’association mène avec l’école de Tzimol, le village où est implanté Tsomanotik.

Tsomanotik

Tsomanotik, où qu’on vit!

Tzimol est un village d’environ 10 000 habitants, il s’est construit autour des champs de canne à sucre, cultivés en fond de vallée, pour profiter de l’eau du rio. Car à Tzimol, il pleut seulement 3 mois dans l’année et c’est ça qui est cool! Ici, ils transforment la canne à sucre en panela: la panela, on va dire que c’est l’étape intermédiaire entre la canne à sucre et le sucre en poudre, mais ça se consomme comme du sucre normal à vrai dire, nous c’est ce qu’on avait à Tsomanotik, et ma foi, c’était très bon! Ca se fait de manière traditionnelle et c’est assez intéressant car tout est recyclé, réutilisé, réemployé et tout ce qu’on veut. C’est pourquoi j’ai fait des schémas, croquis, tableaux, mais surtout des schémas pour que tout le monde comprennent (et aussi parce que j’ai pas réussi à récupérer toutes mes photos qui sont sur ma carte SD qui a chopé un virus ou un truc du genre, mais quien sabe, un jour peut être!)!

Tzimol

Tzimol et la canne à sucre en fond de vallée

Pour faire la panela, tout se passe au trapiche. Ils commencent par broyer la canne à sucre dans un broyeur à canne à sucre pour récupérer le jus de canne, qui est d’ailleurs succulent à boire comme ça directement. Mais eux, ils cuisent le jus dans une grosse marmite pendant 3heures. Ce qui est intéressant à cette étape, c’est que le feu est alimenté par les restes de canne à sucre broyée et les feuilles. Ce qui est aussi intéressant à cette étape, c’est que le jus est devenu une sorte de caramel mélasse, c’est super bon aussi comme ça. Les gars mettent directement la main dans le mélange bouillant pour attraper un peu de caramel et pouvoir le goûter (c’est trop bon, merci les gars!)! Mais eux, avec le caramel, ils font de la panela (on y vient!). Ils le versent et le laissent refroidir dans des moules fabriqués dans les troncs des arbres qui poussent dans le rio. Arbres magnifiques soit dit en passant. Et une fois que le caramel a refroidit et forme des blocs cylindriques de panela, ils les empactent avec les feuilles de canne à sucre (ça aussi, c’est intéressant!). Et avec les cendres, ils amendent les champs où les donnent à Tsomanotik pour les toilettes sèches. C’est un peu de l’écologie industrielle en fait. Tout est recyclé, réutilisé, réemployé et tout ce qu’on veut (ah, je l’ai déjà dit ça?).

Schéma de la fabrication de la panela!

Schéma de la fabrication de la panela!

Parce que oui, on utilise des toilettes sèches à Tsomanotik pour économiser l’eau et gérer ses propres déchets. Ainsi les toilettes sèches impliquent une poposta où la merde se décompose pendant un an, pour ensuite pouvoir amender les arbres fruitiers, entre autres. Pour le pipi, c’est une autre histoire. A l’origine, ils faisaient du bio-insecticide avec, mais y’en a pas besoin de tant et du coup le reste finit dans les buissons. Et la cendre est aussi utilisée pour amender le potager, on y met également le compost conçu à partir des déchets organiques de la cuisine, du caca de vache et de l’humus fabriqué par les lombrics.

Du caca de vache!

Ca, c’est du caca de vaches!

Avec tout ça, on fait pousser des laitues, du coriandre, des poivrons, des tomates, des haricots verts, des radis, des patates, des frijoles (haricots rouges), du mais, des courges… Les trois derniers constituent la culture traditionnelle d’Amérique centrale: la milpa. Autant dire que du mais et des frijoles, on en mange pas mal (mais c’est bon), les courges un peu moins.

Radis

Radis

A part, dans une petite cabane aseptisée, on cultive des champignons sur différents types de substrats: coque de mais trituré, bois trituré… Et une fois que le substrat ne sert plus, on le met dans le compost. C’est comme ça que ça marche ici, par cycles, les différentes aires sont reliées d’une manière ou d’une autre. Un autre exemple: les déjections des lapins permettent de nourrir des lombrics que l’on donne à manger aux poules. Parce qu’il y a des lapins aussi, ils sont trop mignons et trop choux! Et on les mange ou on les vend pour être mangés, c’est trop bon!!!

Champignons

Champignons

Ainsi, avec le lombri-compost, la milpa, les ruches, le plus grand potager à Katchani où s’expérimente la récolte des graines et l’éducation à l’environnement, ça nous laisse un panel d’activités assez varié et intéressant à exploiter. Je participe un peu à tout: me faire des ampoules en semant du mais, donner à manger aux lapins, charger des brouettes de compost, charger des brouettes de merde de vaches, couper des champignons, semer des champignons, récolter du miel et créer un jeu sur la soutenabilité. J’ai eu la chance d’arriver pile quand l’équipe d’éducation commençait à créer ce jeu jusqu’au moment où on l’a testé avec les enfants. Et je dois bien avouer qu’on n’a pas fait de la merde! Le principe est simple: 3 villages au sein desquels, selon les ressources propres de chacun et le choix des équipes, se passent des évènements distincts qui ont des impacts pour tous. Le tout agrémenté de défis bien sympathiques pour mettre du piment dans tout ça, à la mexicaine quoi! Dans les faits, ça s’est avéré quand même pas mal complexe à mettre en place, on y a passé un mois mais le résultat fut à la hauteur de nos espérances! On devrait d’ailleurs le breveter ce jeu! Ca s’appelle « Mi pueblo es tu pueblo » et c’est moi qui est trouvé le titre! Je ne le répèterai jamais assez! Huhu!!!

Allons récolter le miel

Allons récolter le miel

Et les abeilles!

Et les abeilles!

Tu pueblo es mi pueblo ou l'inverse!

Tu pueblo es mi pueblo ou l’inverse!

Bien sûr, tout ça c’est pas possible sans les gens. Et les gens, ils sont bien chido (supers) à Tsomanotik. J’sais pas pourquoi j’ai pas commencer par là, peut être pour garder le meilleur pour la fin (-:. Entre les salariés et volontaires, on est une dizaine de personnes à vivre ici et une vingtaine à y travailler. Il y a Juan, le philosophe qui s’occupe de coordonner les activités d’agro principalement, Carole, ou la gardienne des clefs (internet) qui coordonne les volontaires et campamentos (camps d’étudiants qui viennent passer quelques jours de temps en temps à Tsomanotik), Paty et Nico qui étudient en alternance en agriculture et font leur stage ici, Tonio qui fait des dessins, Chepe loco qui a peur des vampires, Luis de la capitale en service social prolongé, Lize qui touche à tout notamment à la bave de nopal (cactus), Tita, volontaire allemande, faiseuse de pain, Nanou et Jérôme, 2 volontaires français qui se sont incrustés 10 mois au lieu de 6 parce que valen la pena! Isabelle, étudiante en agronomie à Toulouse mais spécialiste en moustiquaire et Manchas, la chienne aux nombreux points. Il y a aussi Don Romé ou hace me un favor qui s’occupe des lapins, Darinel qui m’aide graiceusement à finir mes lignes de mais, Lupita la cuisinière qui fait de la bouffe ricissima et me concocte des remèdes quand je suis malade, Jeli superlista, Cori, une allemande qui a toujours faim, Fer et Diego qui s’occupent des deux ninos (Romeo et Jonas) et si on ne se fait pas réveiller par le chant du coq à 3heures du matin, ce sera par celui de Jaime à 5heures!

Enchiladas de frijol

Enchiladas de frijol

Omelette et frijol

Omelette et frijol

Tamales et frijol

Tamales et frijol

Préparation du mole, spécialité mexicaine ricissima, il doit bien y avoir un peu de frijol là dedans!

Préparation du mole, spécialité mexicaine ricissima, il doit bien y avoir un peu de frijol là dedans!

Du coup, on s’amuse bien avec tout ce petit monde, ça n’arrête pas. Les parties de uno qui n’en finissent pas, les imitations de Luis et de Chepe, les grimaces de vampires, les parties de basket ball au village, les despedidas (départs) des uns et des autres,  chasser l’alacran (le scorpion), laver les banos secos (les toilettes sèches), chercher la clef internet, chercher le scotch, chercher Juan ou Carole qui ont la clef internet ou le scotch, aller en junta de vida comunitaria (réunion), aller en junta de centro educacion a la sostentabilidad (réunion), aller en junta de planneacion (réunion), les conversations sur la fin du monde et les belles miches pour dire bonjour, pour dire merci, pour dire rien du tout!

La manchas avec ses 9 bébés et ses 127 tâches

La manchas avec ses 9 bébés et ses 127 tâches!

La petite histoire des belles miches vaut le coup que l’on revienne dessus! Comme on est pas mal de français, les mexicains essaient de nous sortir 2-3 mots dans la langue de Molière à l’occasion. Un soir, ce fût « bonne nuit » ou plutôt avec l’accent mexicain: « bonnes miches ». On n’a pas laissé passer ça et quand on leur a traduit, ça leur a bien plu bien sûr! De fil en aiguille, on est arrivé à « belles miches » scandé à tort et à travers du matin au soir!

Bref, tout ça, ça crée du lien et c’est d’ailleurs en partie pour ça que Tsomanotik existe. Le problème, c’est quand on doit partir… comment on fait pour quitter tout ce beau monde là? Je crois qu’on ne le quitte pas vraiment. On en parle. Encore et encore…

Les vieilles new bittles au Mexique, c'est comme les caribous au Canada...

Les vieilles new bittles au Mexique, c’est comme les caribous au Canada…