Récemment, lorsque j’ai une nouvelle fois abimé mon parapluie, je me suis rendu compte qu’aucune solution de réparation n’existait, et ce même si le dommage était minime, j’ai alors réfléchi sur ce que le gouvernement pourrait faire pour lutter efficacement contre l’obsolescence programmée.

L’obsolescence programmée est une pratique utilisée de nos jours par les industriels, elle consiste à concevoir les produits de façon à ce que leur durée de vie ne soit pas maximale pour un coût donné, mais limitée, afin que les consommateurs soient obligés de se ré-équiper après quelques années (de 1 à 5 généralement). Nombreux sont les exemples de produits concernés par cette méthode, il suffit pour cela de regarder un reportage tel que celui-ci pour s’en convaincre.

Benoît Hamon, le ministre délégué à l’économie sociale et solidaire et à la consommation, a indiqué dans une interview accordée à au magazine 60 millions de consommateurs qu’il essayerait de lutter contre elle. Mais quelle solution légale pourrait être réellement efficace?

Travaillant moi-même dans l’industrie, et ayant été témoin de cette pratique, je pense que seule une loi détaillée et précise sur l’autorisation de mise sur le marché français de certains produits peut apporter une solution efficace contre l’obsolescence programmée.

En fait, toutes les pistes de lutte sont déjà connues, elle figures dans un rapport de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) daté de mai 2012. De mon point de vu, je mettrais l’accent sur la proposition de la fiche 5 de l’annexe 3 : « Évaluer la conformité des produits présents sur le marché ». Je pense qu’il faut tout simplement obliger un grand nombre de produits de consommation courante (électroménager, informatique, appareils électroniques et/ou électriques…) à satisfaire à des normes précises afin de pouvoir être vendus en France. Pour les produits qui entreront sur le territoire par la poste (via les achats par internet), je pense qu’il faut ajouter comme filtre à la douane une vérification de la conformité de ces produits à cette norme, sous peine d’amende pour le consommateur final.

La norme en question devrait prendre la forme d’une série de contraintes telles que celles-ci pour le fabricant, et concerner une liste de produits précise (car ces critères sont à moduler en fonction du produit concerné) :

  1. Le fabricant doit proposer pendant une durée de 10 ans les pièces détachées de l’appareil. C’est le principe de longévité.
  2. L’ensemble des pièces détachées proposées doit permettre de fabriquer un appareil complet (principe de complétude de l’offre en pièces détachées).
  3. Le prix total de toutes les pièces détachées permettant de construire intégralement le produit ne doit pas dépasser de plus de 100% le prix du produit commercialisé monté. Autrement dit, si j’achète mon téléphone en pièces détachées au service après vente, le coût total ne doit pas représenter plus du double du prix du téléphone en magasin. C’est le principe de la marge SAV.
  4. La pièce détachée la plus cher proposée pour un produit ne doit pas coûter plus du quart du produit auquel elle se rapporte. Ceci est le principe de conception par pièce détachée. Si la carte principale d’un produit électronique est trop cher à produire par rapport au prix total du produit, alors elle doit être séparée en deux lors de la conception. Ce principe ne pourra pas s’appliquer pour certains produits mécaniques, car ils peuvent être de conception très simple mais avec une pièce principale très cher et complexe à réaliser par rapport aux autres (ex: le GRIGRI de PETZL). On doit cependant pouvoir appliquer ce principe pour tout système électronique ou électromécanique.
  5. Avec les pièces détachées, le fabricant doit proposer le matériel et les formations nécessaires au remplacement de ces pièces, et ce dans tous les pays où le produit est commercialisé. Le prix de ces formations et de ces matériels de réparation ne doit pas être prohibitif. Ce point et le plus délicat de cette série de contraintes, car il faut définir à partir de quel coût on peut considérer ce prix comme prohibitif. Combien un artisan doit effectuer de réparations avant de rentabiliser son investissement en formation et en matériel? Sachant que le prix d’une réparation pour le consommateur doit être nettement plus intéressant que celui d’un ré-équipement.

Ainsi, avec ces cinq mesures, nous pourrions répondre à la concurrence des industries des pays émergents comme la Chine de façon constructive. En réduisant la quantité de produits sortant des usines nous réduirons notre consommation énergétique ainsi que la pollution associée notamment à l’industrie de l’électronique, l’une des plus polluantes. De plus, nous créerions sur notre territoire une filière tertiaire de l’entretien et de la réparation de biens manufacturés qui serait génératrice d’emplois peu délocalisables, le coût du transport vers un autre pays étant difficile à compenser par la différence du prix de la main d’œuvre, surtout lorsque le produit et volumineux. Enfin, comme le souligne également le rapport de l’ADEME, cette règlementation doit aller de paire avec une sensibilisation et une information du public, car trop de gens préfèrent encore payer 3€ pour un parapluie qui se cassera en moins d’une semaine, que 30€ pour un modèle qu’ils garderont plus d’un an.